Théâtre du Blog

article du 31 décembre 2013

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Frictions n° 22
 Le dernier numéro de la revue dirigée par Jean-Pierre Han est en partie consacrée au texte original d’une conférence The director on the theater to day, traduite ici par Gérard-Henri Durand, qu’Orson Welles (1915-1985) donna en 1938. Welles,  en effet,  avant d’être le génial cinéaste que l’on connaît, avait d’abord commencé par beaucoup travailler au théâtre, ce que l’on sait moins. Il avait, comme souvent autrefois, été comédien, régisseur, metteur en scène puis directeur du Théâtre Mercury. On admire la précision et la pertinence de ses analyses dignes d’un metteur en scène d’expérience, alors qu’il n’avait que 28 ans ! Notamment, quand Welles  comnente les réalisations  théâtrales de créateurs et leur relation avec les comédiens, comme Irvin, Craig ou Stanislawski… Ou quand il parle, de façon visionnaire,  de la nécessité « de construire de nouveaux lieux pour des divertissements impensables dans n’importe quelle salle de Broadway et tant que nous ne les aurons pas, nous ne pourrons pas les porter à la scène ». (…). Et c’est l’affaire du metteur en scène que de faire de sa salle une sorte de lieu magique où l’impossible puisse se manifester. Voilà la vraie contribution du metteur en scène: vision et cohérence de conception ».
  Au sommaire de ce même numéro, un chapitre  savoureux de Géographie française  de Gabriel Garran (qui va paraître chez Flammarion), metteur en scène et fondateur du Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Il égrène ses souvenirs de petit garçon à Hendaye, devant la fuite éperdue des républicains espagnols en France… puis atteint d’une appendicite virulente.  C’est vraiment un beau texte.
Il y a aussi dans cette dernière livraison de Frictions une analyse d’Alice Carré sur le phénomène récent des nombreuses reprises de spectacles sur lesquelles on peut effectivement s’interroger, et qui dénote effectivement le « signe d’une mutation plus globale des politiques culturelles ». Mais de là,  à croire à une sacralisation des chef-d’œuvres… En tout cas, le nombre de créations est comme, à chaque fois au mois de janvier, exponentiel !
  Et encore, entre autres,  un texte de Jean Jourdheuil sur la difficile relation culturelle entre l’Allemagne et la France. Bref, un ensemble d’articles tout à fait réjouissants, à lire le soir au coin du feu si vous en avez un,  et même si vous n’en avez pas, quand vous aurez envie de faire une pause-spectacles.

Philippe du Vignal



La Nouvelle vie ouvrière

article du 5 octobre 2012 de Yonnel Liégeois

Théâtre du Blog

article du 10 août 2012

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FRICTIONS n° 19

Lectures

Le nouveau numéro (19) de la revue Frictions s’ouvre par un édito de son rédacteur en chef, Jean-Pierre Han . Il y analyse finement les enjeux du théâtre actuel en brossant un « bref tableau de la situation du moment ». Il met le doigt où cela fait mal: en effet il y a souvent un fossé entre les difficultés d’une machine théâtrale qui se prétend à bout de souffle si l’on en croit les principaux protagonistes, riches ou pauvres mais englués dans le même système… et les luxueuses brochures de saison qui sont envoyées à plusieurs milliers d’exemplaires, bel exemple écologique!
Mais, comme le dit Jean-Pierre Han, la communication n’a pas de prix dans microcosme où tout le monde se félicite sans arrêt, dans les festivals célèbres comme dans les jeunes compagnies, des résultats obtenus, quitte à tordre un peu le cou aux statistiques… Alors que l’on sait bien que le théâtre, tous genres confondus, ne se porte pas aussi brillamment que cela!
Il y a, entre autres, au sommaire de ce numéro de Frictions particulièrement riche, une longue et belle conversation de Marie-José Malis avec Alexis Forestier qui s’était tenue au 104 dans le cadre du cycle Dix-neuf. Le metteur en scène y parle notamment de son travail sur La Divine Comédie de Dante et sur des textes de Kafka , pré-texte, dit-il, » en ce sens qu’il précède la venue d’une écriture scénique, dans lequel le texte intervient mais comme un élément parmi d’autres ».
Il y a aussi un petit glossaire Peer Gyntien, tout à fait savoureux d’Eugène Durif où l’écrivain parle à la fois des personnages d’Ibsen comme Ase ou Anitra mais aussi de Lugné-Poé qui créa la pièce en France en 1896 et de Jarry qui joua le rôle du Vieux de Dovre (le roi des Trolls).
Béatrice Hamidi-Kim, elle, analyse les raisons pour lesquelles elle n’aime guère La Chambre froide de Joël Pommerat ni sa réception par le public. Affaire de goût et de politique. Le spectacle, selon elle, serait de droite, ce qui reste à prouver. » Parce qu’il postule, sans l’historiciser la banalité du mal comme condition de l’homme, et quand il la contextualise socialement, il en vient à entériner les hiérarchies et à justifier l’inégalité de l’ordre économique et social en place ». Son principal reproche est que les personnages existent comme « des êtres flottants, hors sol social, culturel et politique ». Sic! Malgré ce verbiage, ceci n’est sans doute pas entièrement faux, et c’est une des faiblesses de la pièce. Mais, bon soyons sérieux, le but de Pommerat n’était sans doute pas de se livrer à une analyse sociologique de l’aliénation mais plutôt d’écrire comme une sorte de parabole théâtrale sur le pouvoir et le triomphe du mal…
Il y a aussi une réflexion quelque peu austère mais très dense du philosophe et écrivain Alain Badiou sur les rapports entre les mathématiques et les arts, fondée sur une relecture de Platon et d’Aristote mais aussi de Wittgenstein. Badiou évoque ainsi le mouvement vertigineux qui avant la guerre de 14 gagna aussi bien la peinture que l’algèbre , la physique que la musique, l’axiomatique que le roman, la logique formelle que la poésie.
Il faudrait aussi citer Les Paroles de Jean Vilar dont on a fêté le centenaire de la naissance avec deux textes : celui d’une séance de travail que le Syndicat de la critique avait organisé en 1960, et de la même année , celui d’un colloque dirigé par Georges Lerminier et André Boll où Jean Vilar, avec beaucoup de lucidité, parle de son expérience de « théâtre pour le peuple », comme il le disait, avec ses limites et ses contraintes techniques et administratives quand il faut remplir une salle de 2.500 places. Une belle leçon d’humilité…
D’un jeune comédien-auteur, Xavier Carrar, signalons son deuxième texte paru aux Editions Lansman, La Bande, lauréat de l’inédi’Théâtre, une pièce courte mais très dense, aux dialogues finement ciselés sur le monde contemporain, du moins tel que le vivent les jeunes gens. Il y a ainsi Tom, la vingtaine, plus adolescent mais pas vraiment adulte, qui traîne son mal-être et son obésité, Lilas une jeune femme, elle aussi, assez paumée et très agressive, JB, un petit chef de bande, et un « interrogateur », ni vraiment flic ni vraiment éducateur… Bref, tout est dans l’axe pour ce genre de fait divers tragique, comme en connaissent les banlieues et dont la France n’a pas l’exclusivité. La langue de Carrar, sans doute influencée par Durrringer, est précise et cinglante et on ne peut lui souhaiter qu’un metteur en scène s’ intéresse à cette pièce.
A noter aussi, Histoires d’un vaurien, Fragments d’une Odyssée européenne de notre collaborateur Marc Tamet qui a récemment ait l’objet d’une lecture à la Bibliothèque polonaise de Paris, pièce parue récemment aux éditions Passage d’encres.


Philippe du Vignal



Théâtre du Blog

article du 30 septembre 2011

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FRICTIONS n° 17, théâtre écritures sous la direction de Jean-Pierre Han septembre 2011

Il faut saluer la publication de ce remarquable numéro que le rédacteur en chef préface sur l’intermittence de la pensée avec trois articles lumineux de Jean Jourdheuil, un dossier sur le collectif F 71 et un texte fulgurant de Raharimanana. éclairés par deux beaux Portfolios de Gilles Aillaud et de Titina Maselli. Jourdheuil avec “le théâtre, la culture, les festivals, l’Europe et l’euro” retrace sur 30 pages passionnantes ,la dégradation inexorable du théâtre public trente ans après 1975, avec l’avènement de la société de communication. Metteur en scène, traducteur, auteur d’analyses pertinentes, il a publié dès 1987 dans Libération un article sur Le théâtre immobile qui dénonçait la voie de garage, l’impasse artistique et sociale où le théâtre commençait à s’égarer avec le développement du système festivalier sous les auspices conjointes de Michel Guy et Jack Lang.
L’hégémonie montante du système télévisuel, la privatisation des chaînes publiques commençait à contaminer l’espace public. En 1994, dans La dérive spectaculaire encore publié par Libération, il développe la réflexion sur la société médiatique et l’importance croissante des supermarchés, la perte de la fonction sociale et politique des spectacles de théâtre, la crise des formes dramatiques. Il s’inquiète du public des théâtres, de la disparition, de l’extinction des projets politiques du théâtre en matière culturelle.
Lors d'un colloque organisé au Quartz de Brest en 1997, il intervient avec un texte éclairé Grandeur et décadence du service public et après quoi ? qui sera publié dans Frictions en 2007. En 2008, pour le 40e anniversaire du TNP de Villeurbanne, dans un nouveau texte La déclaration de Villeurbanne, les nénuphars et les moulins à vent, il achève de retracer la courbe de l’évolution de la destruction en marche du théâtre public.
Plusieurs analyses lucides de l’évolution de grands festivals, de Nancy, d’Automne et d’Avignon qui finissent par se ressembler, la comparaison avec la vie théâtrale en Allemagne où Jourdheuil a joué un rôle important, le changement du public avec la disparition des troupes dans les théâtres publics, la sous-traitance et la délocalisation, on va , dit-il vers une perte d’identité. “Les théâtres eux-aussi se sont pliés à l’économie de supermarché avec ses animations et ses campagnes promotionnelles (…) La figure du directeur et du metteur en scène des années 60 a ,pour l’essentiel, cédé la place à la figure du programmateur flanqué parfois d’un artiste en résidence ou d’un artiste associé. Quelle est aujourd’hui la relation du programmateur et de ses artistes ? Ne serait-elle pas analogue à celle d’un éleveur et ses volailles élevées en plein air ?”.
Tous ceux qui continuent à lutter dans l’ombre pour préserver un théâtre public et ils sont nombreux, artistes, passeurs et critiques consciencieux doivent lire ce beau numéro de 140 pages qui nous éclaire sur la lutte à mener.

Edith Rapporport



Le Motif

7 décembre 2009

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“Il faut être fou.”
Dix années que FRICTIONS ravit les amateurs de théâtre. Il y a là quelque chose qui pourrait ressembler à un petit miracle, l’état du monde de la revue, et spécialement de la revue de théâtre, ne portant guère à l’euphorie.

Point de miracle pourtant, nous confie Jean-Pierre Han, son fondateur, qui porte la revue à bout de bras, et avec une inextinguible passion. C’est le rêve de tout critique que de monter un jour sa propre revue, nous dit celui qui, à l’époque, écrivait notamment au sein de la revue EUROPE. Et comme il suffit parfois de s’accrocher à ses rêves pour s’en approcher, l’occasion lui en est finalement donnée à la fin des années 1990, lorsqu’il rencontre Robert Cantarella – rencontre dont sortira d’ailleurs un ouvrage remarqué et discuté, Pour une formation à la mise en scène – Manifeste, paru en 1998 aux éditions Entre/vues. Cantarella fait à l’époque de la formation à la mise en scène dans un contexte un peu tendu, l’Etat voyant cela d’un assez mauvais œil. L’homme de théâtre n’est donc pas étranger à l’énergie que Jean-Pierre Han va déployer pour créer FRICTIONS, en lui faisant croire que l’argent est au rendez-vous et qu’il lui suffit dès lors de réunir une équipe solide… Naturellement il n’en est rien, mais le coup est parti : la revue existe. Jean-Pierre Han est acculé à continuer – et à réussir. Une revue d’artistes

Que ceux qui concluront de l’aventure que l’on peut donc créer sans fortune une revue d’excellence restent sur leurs gardes, toutefois : sans passion ni talent, la chose n’est pas même imaginable. Spécialement quand l’ambition est grande, ce qu’elle est ici. Car l’excellence de FRICTIONS ne va pas sans un certain goût du risque et de l’innovation : non seulement la revue s’ouvre à l’ensemble des domaines artistiques (une première dans le microcosme), mais son comité de rédaction ne compte aucun journaliste, ni critique professionnel : seuls le composent des tempéraments, des histoires, des personnages – des artistes. Outre Jean-Pierre Han et Robert Cantarella, c’est donc sur Jean-Michel Diaz, Eugène Durif, et André S. Labarthe que repose le devenir de la revue. Qui trouvera d’autant plus aisément son lectorat que les artistes y ont la parole et qu’est grand le désir de susciter le débat : ce qui se joue sur les scènes fournira le prétexte à une belle agora. Un modèle artisanal

Reste que, même armés de leur passion, les hérauts de FRICTIONS ne sont pas moins que quiconque confrontés à une conjoncture qui ne leur laisse que bien peu de latitude. Et pourtant, dix ans d’existence, en la matière, c’est déjà presque synonyme de longévité. Or il se pourrait bien, apparent paradoxe, que cette longévité tienne aussi au fait que la revue ne s’est jamais réellement développée, économiquement s’entend. Ainsi son mode de fonctionnement, sa distribution, cette manière de bouleverser les sommaires au gré des désirs et des rencontres, et plus encore cette règle qui consiste à ne publier un numéro que lorsque les fonds nécessaires sont réunis, contribuent à ancrer FRICTIONS dans un mode on ne peut plus artisanal : cela ne laisse sans doute pas beaucoup de place aux rêves d’expansion, mais cela permet de durer, de satisfaire un lectorat devenu fidèle, et de jouir d’une grande reconnaissance dans le milieu. Jean-Pierre Han le concède, pourtant : le développement de la revue est nécessaire, non pas tant pour en faire un modèle de croissance économique que pour répondre à des attentes – à commencer par celles des lecteurs. L’ambition est là, bien sûr. Mais pas les moyens, ni ce mi-temps salarié qui permettrait à FRICTIONS d’être enfin distribuée comme elle le mériterait.

Alors, quel avenir pour FRICTIONS, revue de référence ?

L’énergie et la volonté suffiront-elles à enrayer la crise que semble traverser le monde de la revue de théâtre – et dont témoigne encore la disparition de THÉÂTRE/PUBLIC, alors même, selon Jean-Pierre Han lui-même, que le secteur souffre d’un “manque de concurrence” et d’une “paupérisation croissante”. L’avenir est loin, donc… D’autant qu’on est tout prêt à le croire lorsqu’il conclut, dans un sourire qui tient autant du dépit que de la malice, qu’il “faut être complètement fou pour sortir une revue aujourd’hui”. Folie dont il faut espérer que quelques-uns la cultivent longtemps encore …



Théâtre du Blog

10 février 2009

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Lectures: 14ème numéro de Frictions

Le dernier et quatorzième numéro de Frictions vient de paraître; la revue a dix ans déjà- ce que dans le petit monde des revues est un beau record- et Jean-Pierre Han la dirige avec ténacité dans des conditions toujours précaires. Pour cet anniversaire, ce numéro rassemble dix textes parus au fil de ces années et un extrait de la dernière œuvre de Philippe Malone SeptembreS. Le choix du comité de rédaction a été des plus pertinents: il y a d'abord quelques belles pages de Marie-José Mondzain, qui n'était pas aussi connue en 99 que maintenant, avec un essai de définition de l'image par rapport à ce que l'on pourrait appeler la visibilité”.La vérité de l'image, dit-elle, comme la vérité de l'art, c'est précisément l'imaginaire de la liberté”. C'est une réflexion qui est toujours d'actualité à un moment où les metteurs en scène font souvent un peu n'importe quoi avec les images de fiction .Il y a aussi un texte très intéressant de Thomas Martin, écrivain et dramaturge allemand qui collabora notamment avec Heiner Muller et Frank Castorf sur le silence au théâtre, une lettre ouverte aux gens de mon âge de Wajdi Mouawad , réflexion sur la guerre et le terrorisme et sur la construction du bonheur par une société. C'est non seulement fort bien écrit mais d'une vive intelligence. Tout comme Le langage de la solitude de l'écrivain uruguayen Carlos Lorcano, auteur de romans et de théâtre qui propose de raconter, comme il dit ,un voyage aux limites extrêmes de la langue dans une prison où il fut interné dans les années 70-80. La parole y était réprimée et faute de parler on en perdait évidemment la nécessité et l'on préférait écouter le silence. Carlos Lorcar unit la nécessité de la parole à celle d'une réflexion sur celle de la solitude et de la liberté. Il y a aussi- on ne peut pas citer tous les articles- Pessimisme/ Optimisme, une belle série photo de John de la Crame parue en 2008.

Philippe du Vignal

La revue Frictions est en vente dans les librairies de théâtre ; rédaction, abonnements: 27 rue Beaunier 75014 Paris



Contre-Vox

n° 7, hiver 2000

Frictions, revue trimestrielle

L’étymologie du nom friction désigne bien le propos de cette nouvelle revue consacrée au théâtre. Des paroles parfois singulièrement décalées s’échangent, se croisent, se confrontent pour tisser les unes entre les autres des passerelles menant le lecteur jusqu’au creuset d’un monde en perpétuelle recherche de créativité. Le théâtre n’est plus alors présenté comme un espace clos, réservé exclusivement aux gens de théâtre, ou un espace vide qui le réduit à une actualité souvent mince et parfois affligeante de médiocrité ; mais comme un espace ouvert à des paroles vivantes, des témoignages ou des réflexions qui redéfinissent les enjeux d’un monde de l’éphémère, dans lequel la parole naît de la traversée d’une expérience unique, parfois douloureuse mais toujours exaltante. A côté de témoignages d’acteurs tels Christiane Cohendy ou Aladin Reibel, on remarque, dans ce premier numéro, la superbe intervention de Marie-Josée Mondzain qui redéfinit l’image comme champ de réflexion théologique et philosophique portant en soi l’exercice de la liberté et la notion même de responsabilité. Une revue qui met en circulation des idées, ouvre des perspectives, opère des mises au point sur l’art théâtral en donnant la parole à différents acteurs d’une pensée en mouvement.

Anne VIREVIALLE



La Revue des revues

n° 29, 2000

Frictions
Ecritures - Théâtres
N° 1, automne 1999

Ce n’est pas son titre qui nous apprendra que Frictions est une revue théâtrale. Au mieux son sous-titre (ou plutôt son sur-titre, si l’on se réfère à la mise en page de la couverture) l’indique comme en passant : « Écritures – Théâtres ». Au pluriel. Le contenu de Frictions préfère en effet l’éclatement à l’unicité. De même que le spectacle vivant privilégie depuis quelques années l’hybridité et, en particulier, aime à mêler au théâtre traditionnel, danse et installations plastiques, Frictions entend inscrire la réflexion sur le théâtre dans une problématique autrement plus large. L’image (photographie, dessin) tient une place non négligeable dans la revue. Sans rapport direct avec le texte, ces illustrations sont comme autant d’interrogations mises en regard de l’énoncé Le statut de l’image fait d’ailleurs l’objet d’un questionnement récurrent (c’est notamment le sujet des entretiens de Jean-Pierre Han avec la philosophe Marie-José Mondzain). Lorsque le théâtre est abordé, il l’est, pour ainsi dire, de biais (à travers la notion d’imagination dans l’article d’Edward Bond, « La prochaine scène » , ou à travers la perception individuelle du réel dans celui d’André S. Labarthe, « Pour un théâtre impossible », publiés, tous deux, dans le numéro 1). Frictions publie aussi des textes qui traitent du théâtre de manière plus traditionnelle : les deux premiers numéros s’ouvrent sur des entretiens avec des praticiens (Giorgio Barberio Corsetti, pour le premier, Frédéric Fisbach pour le second). Deux metteurs en scène d’âges et d’origine différentes qui, répondant aux questions que leur posent Jean-Pierre Han et Robert Cantarella tentent de formuler ce qui les motive et ce à quoi aspire leur pratique. On louve même dans le numéro 2 des critiques de pièces récentes, dont une passionnante analyse du Colonnel-oiseau de Hristo Boytchev par Alain Brossat. Enfin, Jean Jourdheuil et Irène Bonnaud, dans le numéro 2, en amont de notre actualité théâtrale, font retour dans un passé susceptible d’expliquer une situation présente. Irène Bonnaud, dans un article intitulé « Brecht et notre temps », fait une critique sévère de la réception brechtienne de cette dernière année. Jean Jourdheuil, quant à lui, enfourche son traditionnel cheval de bataille pour fustiger , au détour d’une étude sur « La Mère au Berliner Ensemble », l’orthodoxie brechtienne qu’il combat depuis ses premiers pas dans la mise en scène. Ainsi, Frictions apparaît bel et bien comme un kaléidoscope de textes et d’images dont le théâtre serait un motif déclinable à l’infini. A l’image de notre paysage théâtral, la revue, rompant avec une certaine tradition de la critique universitaire, adopte le mélange des genres et élargit ainsi son horizon. A l’image du théâtre français de ces dernières années, Frictions gagnerait, aussi, à se donner une ligne éditoriale un peu plus déterminée.

Julie de Faramont



Le Monde

article du 30 avril 2002

Frictions décline les vertus d’une indépendance aux frontières du secret. Les « frictions » pratiquées sont de celles qui déclenchent de petites étincelles, au frottement d’objets de pensées suffisamment inattendus pour provoquer des réflexions inédites. Frictions a un goût particulier pour les voix atypiques, les angles inattendus, la remontée de courants adverses. Illustrations dans sa cinquième livraison, avec des textes du Canado-Libanais Wajdi Mouawad par exemple, renvoyant dans un jeu de miroirs les mots et les concepts entre Orient et Occident : « L’Occident aussi a ses kamikazes qui lui permettent de vivre comme un sacrifice collectif inconscient le suicide. » Emouvant témoignage de Marie Vitez, sur la Phèdre mise en scène par son père, Antoine ; et conclusion avec le grand metteur en scène allemand Einar Schleef - disparu l’été dernier - qui raconte « l’expérience- clé » de son travail avec un groupe de bègues. Un récit d’écriture si intense qu’il paraît toucher la plus haute fiction.

J.-L. P.



Mouvement

n° 7, février-mars 2000

LE BEL ENTRELACS DE « FRICTIONS »
On savait cette revue en chantier, et on l’attendait. Mais Qu’attendait-on au juste ? Une revue de plus sur le théâtre… Au fond ce n’aurait pas été si mal : en la matière, il n’y a pas pléthore. Peut-être parce qu’on n’attendait rien de précis, en somme, le premier numéro de Frictions réjouit bien au-delà de ce qu’on espérait. Fondée par le journaliste Jean-Pierre Han, cette revue ne cherche heureusement pas à concurrencer le « commentaire » des médias sur l’actualité des spectacles. Il d’agit ici d’un autre temps du théâtre, que fonde une exigence du regard et de la pensée, impliquée dans « le déroulement d’une chaîne », donnant à éprouver les enjeux esthétiques et politiques qui en forment l’histoire. Écritures \ théâtres : les « frictions » que cette publication trimestrielle porte en titre sont forcément multiples. Inaugurant un espace de frottement où la diversité des approches ne serait ni dogmatique, ni cacophonique, Frictions propose en « une sorte d’entrelacs » réflexions, entretiens et fragments qui, loin de clore le thème du théâtre dans une autarcie retranchée, ouvrent des horizons stimulants. Comme Trafic s’y emploie à partir du cinéma, par exemple. L’acte artistique y est généreusement déployé à travers la parole de metteurs en scène, d’acteurs, d’auteurs, de scénographes… (entretiens avec Giorgio Barberio Corsetti, analyse d’une scène de Hamlet pas Robert Cantarella, impressions de Jean-Claude Durans “ à la recherche d’Antoine Vitez ”, notes de la scénographe Gilone Brun). Sa mise en perspective critique, philosophique (magnifique entretien avec Marie-José Mondzain pour « une définition de l’image » ; texte perturbant de Jean-Paul Curnbier sur « Illusion et morale au théâtre ») et politique (salutaires interventions de Michel Simonot, Jean Jourdheuil et Alain Françon) traverse les 136 pages de Frictions dans l’heureuse incitation à prendre l’air du théâtre comme art de voir, de percevoir et de concevoir. Ajoutons qu’au souci d’écriture qui fonde cette entreprise de pensée, la sobre élégance visuelle de Frictions (photgraphies d’Anna Pricaupenko, maquette de Jean-Michel Diaz) donne à sa lecture le goût d’une certaine sensualité de l’objet-revue.

J. -M . A.



Le Monde

article du 27 janvier 2000

revues
Frictions
Surgie des frottements entre théâtre et écritures, Frictions croise dans sa première livraison les réflexions et les passions d’auteurs, de metteurs en scène, de philosophe, d’universitaires et d’acteurs. Aux professions de foi tonitruantes, la revue préfère les découvertes en marchant, et s’élance d’emblée dans la foulée d’Edward Bond : “La structure de travail de l’imagination est la forme dramatique.” Image et imagination : tel pourrait d’ailleurs être son thème inaugural, s’il on s’en tient à André S. Labarthe : “Le théâtre peut être tout sauf une image” et à Marie-José Mondzain : “Même les gens qui sont spécialisés dans l’image mobile, dans le spectacle vivant, travaillent avec le temps, et travailler avec le temps, c’est freiner, c’est ralentir.” Un long et dense entretien avec Giorgio Barberio Corsetti fait le point sur la situation du théâtre en Italie en traçant le portrait d’une génération - celle des quadras - sur laquelle reposent maintenant les espoirs de renouveau dans la péninsule.

J.-L. P.



Ubu, Scènes d’Europe

N°15, décembre 1999

Frictions, théâtres/ écritures

A Paris, vient de paraître une nouvelle revue théâtrale et littéraire, Frictions, dirigée par Jean- Pierre Han. La volonté éditoriale est de « s’en remettre au faire de l’écriture et de la pensée ». Un projet ambitieux, mais légitime et nécessaire à une époque où le théâtre donne trop souvent le sentiment que l’écriture et la pensée ne sont plus sa préoccupation.

Ce numéro 1 rassemble des textes d’auteurs (Edward Bond, Wajdi Mouhawad, Jacques Roman), de metteurs en scène (Alain Françon, Jean Jourdheuil), de comédiens (Christiane Cohendy, Jean-Claude Durand…) ou de gens plus extérieurs au théâtre comme le cinéaste André S. Labarthe qui témoignent de leur façon d’approcher et de vivre le théâtre. La succession, ou plutôt la juxtaposition, de ces voix très personnelles, parfois contradictoires suscitent un débat nourri et passionnant. En quatrième de couverture, on a noté les définitions du mot « frictions ». Au figuré, ce mot signifie « désaccord, heurt ». On souhaite en effet que Frictions apporte suffisamment de désaccords pour pouvoir réveiller le théâtre français de sa léthargie.

C. B.

Frictions - theatre/writing In Paris, a new theatre and literary review has just come out. Frictions, run by Jean-Pierre Han. The editorial committee’s goal is to “return to the act of writing and thinking”. An ambitious project, but a legitimate and necessary one at a time when the theatre too often gives the impression that writing and thinking are no longer its concern. This first edition brings together texts by authors (Edward Bond, Wajdi Mouhawad, Jacques Roman), directors (Alain Françon, Jean Jourdheuil), actors (Christiane Cohendy. JeanClaude Durand…) and people who are more external to the theatre like the filmmaker André S. Labarthe who speak of their way of approaching and experiencing theatre. The succession, or rather the juxtaposition of these very personal and sometimes contradictory voices generates a substantial and passionate debate. On the cover there is a note giving the definition of the words “frictions”. Taken figuratively, the word means “disagreement, clash”. In fact it is hoped that Frictions will lead to enough disagreement to shake French theatre out of its lethargy.



La Liberté (Suisse)

article du 11 décembre 1999

Enfin une revue de réflexion sur le théâtre !
Frictions

Le théâtre et l’écriture dans une revue. Une nouvelle revue, trimestrielle, éditée en France sous la houlette de Jean-Pierre Han. Pas une revue sur l’actualité des scènes et des rayons de librairie ; ou pas seulement. Une revue sur le monde, sur les hommes, sur leur vie, leurs peines, leurs étincelles de génie, leurs interrogations… donc sur le théâtre, sur l’écriture. Brouillardeux ? Prenez l’ exemple de la presse quotidienne, et vous comprendrez peut -être mieux : donner naissance à Frictions, c’est un peu comme si on ressuscitait la Gazette de Lausanne, avec ses forums d’expression libre, ses espaces de dissertation et d’humeur, ses chroniques d’écrivains, ses essais philosophiques - qu’on la ressuscitait au milieu des tendance rédactionnelles actuelles, fondées presque entièrement sur les « services » (avant-premières, agendas, « votre soirée en trois lignes »…), et plus du tout sur l’esprit critique qui jusqu’ici prévalait dans ce métier. La bataille de l’épicier contre le gérant de supermarché ; de l’épicurien contre le consommateur ; du passionné conte le mondain… REINSTAURER UN DEBAT « Ni journal, ni magasine, Frictions se situe délibérément dans la mouvance des revues de réflexions », écrit Jean-Pierre Han dans la présentation de son “bébé”. « Elle entend réinstaurer le débat depuis si longtemps disparu dans le monde du théâtre, sans craindre la polémique, mais sans la rechercher artificiellement. » Non sans un certain arrière-goût de Jacques Roman, dont la signature d’ailleurs figure au sommaire du premier numéro. L’ART DOIT PRENDRE PARTI Frictions entend réinterroger les véritables enjeux de l’activité théâtrale », continue le directeur de la publication, « et donc être un lieu d’émergence d’une authentique pensée critique qui passe bien évidemment par une écriture digne de ce nom. La fonction de l’Art est de prendre parti ; Frictions prendra parti pour une certaine idée du théâtre. Car il n’est pas vrai que tout équivaut à tout, c’est à dire, en fin de compte, à rien. » Comment ne pas se montrer emballé par une si belle initiative ? D’autant qu’elle accueille sur son navire non pas uniquement des homme et des femmes de théâtre, mais des personnalités d’horizons très divers - des esprits plus que des spécialistes. Longue vie à Frictions !

ANTONIN SCHERRER



Témoignage Chrétien

article du 25 novembre 1999

Revue - Théâtre
Les lecteurs de nos pages culturelles sont familiers de la signature de Jean-Pierre Han, critique dramatique exigeant et respecté comme tel par le monde de la scène. A travers le sommaire du numéro inaugural de Frictions, une revue qu’il vient de fonder, on retrouve son ouverture à la création, sa réflexion si politique sur le théâtre et son goût des textes et des auteurs de notre temps : ici, Edward Bond ou Samuel Beckett. Entouré d’un collectif remarquable, qui compte l’auteur dramatique Eugène Durif, le metteur en scène Robert Cantarella et le cinéaste André S. Labarthe, Jean-Pierre Han fournit un nouvel espace de lecture et de pensée, à la hauteur du « surtitre » pluriel de sa revue : « théâtre/écriture » . Applaudissements nourris, en attendant l’acte II !

F. D.