Courte pièce, grande œuvre

Nina, c’est autre chose de Michel Vinaver. Théâtre de la Colline à Paris, jusqu’au 27 juin. Tél. : 01 44 62 52 52

"Nina, c’est autre chose" est une pièce courte de Michel Vinaver qui date des années 1970, mais on aurait tort de ne voir dans la reprise qui en est faite au théâtre de la Colline, plus de trente ans après sa création, qu’un parfum, plus ou moins nostalgique, de cette époque. Bien au contraire, ce qui frappe d’emblée, c’est de retrouver (car nous la connaissons bien désormais ; ses pièces sont jouées un peu partout, et pas seulement en France) l’écriture serrée, tressée au millimètre près, de Michel Vinaver. En ce sens, et dans sa brièveté même – la pièce est décomposée en douze « morceaux », en douze courtes séquences – "Nina, c’est autre chose" est exemplaire. Il n’y a pas une once de graisse, et c’est merveille de voir comment l’auteur s’y entend pour mêler différents registres dans le développement d’une seule et même réplique. Il parvient ainsi à traiter de l’intime et de l’universel, à passer sans transition de l’expression des sentiments de ses protagonistes (deux frères quadragénaires et une toute jeune femme qui travaille dans un salon de coiffure avec l’un d’entre eux) à des considérations sur le monde du travail. L’intime et le social. Guillaume Lévêque, le metteur en scène, un fidèle compagnon de route d’Alain Françon, futur ex-directeur du théâtre de la Colline, a l’intelligence de ne rien vouloir changer aux données de l’auteur ; il resitue, en toute simplicité, le déroulement de la pièce dans son temps, sans le souligner, presqu’avec discrétion. On peut être plus légèrement critique sur le fait qu’il joue davantage les situations (c’est un délicat ménage à trois qui se forme sous nos yeux) que le texte. Du coup, les deux frères, interprétés par Luc-Antoine Diquéro et Régis Boyer ont tendance à jouer un ton trop fort, alors que la Nina de Léna Bréban est dans une parfaite justesse d’incarnation. Entre gravité et légèreté, elle donne à l’ensemble du spectacle, lorsqu’elle est sur le plateau, son véritable tempo. Une vraie révélation.

Jean-Pierre Han

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