Journal intime

Le Livre d’or de Jan d’Hubert Colas, Cloître des Carmes, juqu’au 22 juillet à 22 heures.

Ce portrait en creux d’un artiste – lui peut-être ? – par Hubert Colas en surprendra plus d’un. Ceux qui le connaissent, parce que même si le registre du Livre d’or de Jan reste fidèle à la ligne esthétique de l’auteur-metteur en scène, il est ici, comme apaisé, délivré, qui plus est, avec une distance légèrement ironique (une self-ironie bienvenue). En revanche, ceux qui ne connaissent pas son travail pourront être surpris par son développement et surtout par le parti pris de réaliser le portrait d’un homme en sa totale absence, par l’unique parole de ses proches, amis, amants… On aura compris que c’est un portrait kaléidoscopique qui est ainsi proposé, comme les pièces d’un puzzle qui ne s’agenceraient jamais, avec ses redites, ses contradictions, ses moments forts et ses moments faibles. Sans être original le procédé fonctionne et est assez réjouissant. Le portrait qui se révèle au sens photographique du terme est intéressant et d’une extrême et pudique sensibilité parce que c’est celui d’un artiste de notre temps saisi dans ses doutes, ses mensonges, dans toute sa dérision qui en font peut-être sa grandeur même. Une vraie émotion émane de Jan-Colas, l’absent (de toutes choses comme dirait Mallarmé ?). D’autant que son expression est ici parfaitement maîtrisée, comme toujours a-t-on envie d’ajouter. Scénographe de ses propres spectacles, Hubert Colas les met véritablement en lumière. Le livre d’or de Jan trouve ainsi naturellement sa place dans la cour du Cloître des Carmes. Et que dire des neuf interprètes qui portent avec rigueur, humour, drôlerie les propos doux-amers de l’auteur ? Ils sont tous parfaits. Dans une vraie justesse de ton.

Jean-Pierre Han

admin