L'effacement de la fête ou le fade esthète

Casimir et caroline d'Ödön von Horvàth. Mise en scène de Johan Simon. Direction musicale de Paul Koek. Cour d'honneur du palais des papes. Jusqu'au 29 juillet à 22 heures.

Casimir et Caroline d’Ödön von Horvàth a le vent en poupe. On se souvient de la mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota au théâtre de la Ville à Paris en mars, et voilà qu’en juillet, on invite à nouveau le spectateur à venir célébrer la fête de la bière munichoise... mais dans la cour d'honneur du Palais des papes cette fois ! Ainsi, la mise en scène de Johan Simons, sous la direction musicale de Paul Koek, invite à se plonger dans cette fable de la déchéance humaine qui se veut conjurée par la fête et la démesure, sur fond de crise économique et financière. Les retrouvailles de deux vieux collaborateurs du théâtre musical, la réputation de ces deux grands noms du théâtre hollandais, l'image de la foire titanesque installée au cœur du Palais des Papes... dans les rues d'Avignon, il n'en fallait pas plus pour faire saliver. Et ça se comprend. On ne peut qu'admirer le choix judicieux du texte en ces temps de marasme économique, surtout au cœur d'un festival dont l'ambiance festive complètement délirante semble parfois être un bouclier face aux réalités – plus sombres – de la société. Simons n'a pas besoin d’appuyer le parallèle entre le Munich des années 30 et la France actuelle, l'analogie est limpide au fil du texte, et se fait d'elle-même. Mais hélas, le metteur en scène a décidé de souligner le trait, et c'est là que le bât blesse. On pardonnera volontiers les costumes et les bruitages années 80, qui, s'ils n’apportent rien, ne défigurent pas la pièce non plus. Cependant, c’est à la scénographie qu'on en voudra particulièrement, puisqu’elle semble déterminer à elle seule ce grand échec qu’est le Casimir et Caroline de Simons. Ici, il n'y a plus de foire, plus de fête, plus d'attractions : seulement un grand échafaudage gris, couvert de lettres argentées qui forment le mot "ENJOY". Sur cette construction titanesque, les acteurs déambulent, mais se sentent forcément bien seuls, tant ils sont incapables de remplir l'espace. La fête de la bière munichoise – dernier refuge dans la décadence et dans l'oubli – ressemble soudain à une vilaine fin de soirée désertée... et qui s’éternise. De plus, Simons opère sans complexe de larges coupes dans le texte, supprimant ses parties les plus joyeuses, les plus drôles ou les plus festives ; la traduction de Anne Rogghe et Jean-Philippe Bottin gomme tout ce que la pièce peut offrir d’irrévérencieux et de délicieusement potache. Casimir et Caroline devient ainsi un long marivaudage fade et ennuyeux, dans lequel les rares oasis de spectaculaire (le grand huit, le tour à cheval, la grand roue) se jouent hors scène, à grands renforts de bande-son sans inventivité. Même la musique ne parvient pas à renouer avec l’explosivité festive de la fable, puisqu’elle n'est qu’un petit air d’ascenseur, un bruit de fond qui ne voudrait surtout pas déranger... Une musique transparente sur un spectacle sans rythme. On se demande alors, forcément, pourquoi Simons refuse toutes ces belles invitations d'Ödön von Horvàth à la créativité et à la jouissance : solution de facilité, démission devant le foisonnement du texte ou obstination dans un parti pris aussi rébarbatif que stérile ?

Chloé Vollmer-Lo

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