Un rare moment de poésie

Arrêtez le monde, je voudrais descendre par le Théâtre Dromesko. Théâtre de la Ville au Théâtre Silvia Monfort. Jusqu’au 6 mars à 20 h 30. Tél. : 01 56 08 33 88.

Un vieil homme qui intervient régulièrement entre chaque séquence depuis le début du spectacle, mais dont on ne peut pas vraiment dire que nous avons fait connaissance avec lui tant ses propos sont très rigoureusement déconcertants (textes de Pierre Bourdieu et de Roland Dubillard !) dispose le pied d’une petite échelle double dans le bocal de son poisson rouge, l’autre pied posé devant une assiette avec son citron et sa feuille de salade, et il attend très calmement un éventuel festin ! Tout Arrêtez le monde, je voudrais descendre, le dernier spectacle du Théâtre Dromesko est dans cette séquence qui mêle douceur et cruauté, incongruité surréalisante et calme détermination. Le titre aussi est pour le moins emblématique. Du monde, il est effectivement bien question, mais vu à travers le prisme d’un regard aigu et émerveillé tout à la fois, mais si les olibrius du théâtre Dromesko demandent à descendre c’est que justement ce monde dans son infernal tourbillon va un peu trop vite pour eux. Difficile d’arrêter le manège, bien visible sur scène et sur lequel se dérouleront d’étranges et fascinantes séquences, d’une vénéneuse beauté entre rêve et réalité, alors qu’à l’avant-scène, bêtes et hommes attendent leur tour d’entrer en consultation auprès du docteur Dieu, grand manipulateur qui nous dévoilera au cours du spectacle les différentes séquences selon son bon vouloir. Revoilà donc le Théâtre Dromesko, ex Volière d'Igor, Lily et leurs compagnons, ses étranges personnages et ses animaux, cochon, poule, âne, poisson rouge… et le fameux marabout, emblème de la compagnie, qui apparaissait, lui ou ses descendants, dès les premiers spectacles, dès la Baraque, cantine musicale, il y a une quinzaine d’années, et que tout le monde, bien sûr, attend. Et le charme, à nouveau, opère. Un rare moment de poésie, belle consolation pour qui ne peut descendre du manège-monde qui tourne décidément trop vite…

Jean-Pierre Han

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