Une caricature

Maison de poupée d'Ibsen. Mise en scène de Michel Fau. Théâtre de la Madeleine. Tél. : 01 42 65 07 09.

Ce n'est certainement pas cette troisième mise en scène de la saison de Maison de poupée d'Ibsen (en attendant la quatrième dans quelques jours aux Amandiers de Nanterre) qui marquera les esprits. À moins que ce ne soit de manière purement négative. On se demande en effet ce qui a bien pu traverser l'esprit de son metteur en scène, Michel Fau – superbe comédien, par ailleurs, compagnon de route d'Olivier Py, au style de jeu très particulier – pour nous proposer une telle vision de la pièce du dramaturge norvégien.

On comprend bien qu'il a pris le titre de la pièce au pied de la lettre. Il est question de maison de poupée ? Il recrée sur scène une véritable maison de poupée grandeur nature évoquant le XIXe siècle en carton pâte, avec les accessoires idoine. Quant aux comédiens, il ne leur reste plus qu'à jouer les poupées mécaniques, accoutrés qu'il sont toujours dans le même esprit (si tant est que l'on puisse parler d'esprit). Le personnage de Nora que tout le monde attend, puisque c'est Audrey Tautou qui est chargée de l'interpréter (c'est sa première apparition sur une scène de théâtre), attifée de manière ahurissante qui ne lui permet que de faire des petits pas de geisha, la voilà qui nous débite son texte, voix haut perchée, comme sur un vieux disque de vinyl première génération. Ses camarades de plateau, masque de maquillage blanc plaqué sur le visage (référence au cinéma muet ?) ne sont pas mieux traités. On ne frise pas la caricature, on y est en plein, comme dans cette scène entre l'amie de Nora (Sissi Duparc) et son ex-soupirant (Nicolas Woirion). On songe au film burlesque américain Hellzapopin, c'est dire.

Casser le propos d'Ibsen ? Tel n'est sans doute pas l'intention de Michel Fau. Il n'est qu'à voir la manière dont lui-même interprète le rôle du mari de Nora, parvenant à le rendre crédible. Il est le seul à s'en sortir, mais pourquoi croit-il, lui que l'on connaît aussi comme pédagogue, que les autres comédiens sont en capacité d'adopter le même style de jeu que lui ?



Jean-Pierre Han

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