Subtile partition

Un nid pour quoi faire d'Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde. Gymnase Gérard-Philipe à Avignon. Jusqu'au 13 juillet à 22 heures et du 14 au 18 à 15 heures.

Premier opus de cette édition du festival du duo Olivier Cadiot-Ludovic Lagarde qui a déjà œuvré par le passé à Avignon. Avec un spectacle Un nid pour quoi faire qui, même sans point d’interrogation, demeure une question lancinante qui hante l’esprit du spectateur. Un nid pour quoi faire, effectivement ? Et quel nid ? Celui que trouve sur son chemin lors d’un périple en voiture (les paysages défilent en début de spectacle) un certain Robinson, porte parole ou double de l’auteur, qui s’en est allé vers les hauteurs enneigées, toujours plus loin… Le voilà qui se retrouve dans un no man’s land, un lieu hors du temps et de l’espace (le blanc de la neige), enclave où vit un roi au milieu de sa cour royale composée d’étranges individus tous jouant à la perfection le jeu de la fantasmagorie royale qui n’est peut-être que celle du fameux Robinson. Quelque chose de délirant est mis en place qui oscille entre la comédie, la bouffonnerie, la fantaisie, voire le drame mental du narrateur. D’où tout cela surgit-il ? De l’imagination plus que fertile ou très fatiguée (les kilomètres de route peut-être) du narrateur ? On ne sait. Ce que l’on sait en revanche c’est que le duo Olivier Cadiot-Ludovic Lagarde fonctionne une fois de plus à la perfection. Du texte-roman d’Olivier Cadiot, Ludovic Lagarde se saisit et apporte sa touche théâtrale. Le passage-montage-démontage de l’un à l’autre, du texte à la scène, du roman au plateau, est ici d’une rare efficacité, d’autant qu’elle est assumée par le comédien fétiche de Ludovic Lagarde, inévitable troisième larron de l’association, Laurent Poitrenaux. Aidé par des camarades qui savent se hisser à son niveau de jeu d’une redoutable maîtrise, Valérie Dashwood, Pierre Baux, Guillaume Girard en tête, il réalise un véritable festival dans une mise en scène, comme toujours, dans ses meilleurs moments, d’une inspiration et d’une précision parfaites. Créé l’année dernière au CDN de Lorient, le spectacle a encore gagné en rigueur : le trait y est précis, et juste. Ludovic Lagarde parvient à décrypter pour nous la complexe partition écrite par Olivier Cadiot, révélant ce qu’il y a de plus profondément enfoui en nous. Sans ostentation, dans le toujours juste tempo.

Jean-Pierre Han

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