Entre rêve et cauchemar

Le Dindon de Georges Feydeau. Mise en scène de Philippe Adrien. Théâtre de la Tempête. Jusqu'au 24 octobre, à 20 h 30. Tél. : 01 43 28 36 36.

Telles sont les métamorphoses du vaudeville. Jadis, leur spectacle fit grand bruit, et marqua même l’histoire de notre théâtre : le duo Chéreau-Vincent avait transformé l’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche en véritable cauchemar. Cette fois, sous la houlette de Philippe Adrien, c’est au tour de Feydeau et de sa pièce Le Dindon, de subir pareil infléchissement. Pour notre plus grand plaisir. Car il n’y a rien là de forcé ; tout, au contraire, semble autoriser Adrien à adopter un tel parti pris. À croire que l’univers du vaudevilliste, dans cette pièce plus précisément, s’accorde en tout point au sien. Et l’on songe notamment à sa mise en scène de Monsieur de Pourceaugnac de Molière dans laquelle un provincial monté à Paris se retrouvait embarqué dans un mauvais rêve, un véritable cauchemar… Adrien excelle dans ce registre (on songe aussi à son Victor ou les enfants au pouvoir de Vitrac, lequel était un grand admirateur de Feydeau…). Rêve ou cauchemar, le vaudeville ne perd rien au change, bien au contraire, et l’on rie sans retenue à ce théâtre de l’absurde avant la lettre. D’autant que la distribution s’en donne à cœur joie, mais toujours dans la plus grande maîtrise. Point de cabotinage, mais une manière de pousser son personnage au bout de sa logique dans une très habile scénographie de Jean Haas. À ce petit jeu chacun joue sa partition avec une réelle virtuosité, d’Eddie Chignara à Pierre-Alain Chapuis, en passant par Alix Poisson, Luce Mouchel et Bernadette Le Saché et leurs camarades. Leur plaisir est communicatif, ce qui n’est pas si fréquent en ces sombres temps.

Jean-Pierre Han

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