Une salutaire bouffée d'air frais

Anomalies et perspectives, épisodes 4 par Cécile Saint-Paul. Point éphémère, 200, quai de Valmy, 75010 Paris. Les 5 et 6 novembre 2010, à 19 heures. Entrée gratuite. tél. : 01 40 34 02 48.

cecile.png Un véritable éclair dans la grisaille de cette rentrée théâtrale d’une fadeur à nulle autre pareille. On le doit à un « petit » spectacle (question production ; voilà qui nous change des grosses machines de ce début de saison) d’un peu plus d’une heure, donné dans un lieu sans velours ni dorures, le Point éphémère, sis sur le quai de Valmy à Paris. L’entrée est gratuite et il ne vous reste plus que les 5 et 6 novembre prochains pour vous y rendre. Ensuite de quoi, il faudra attendre un vrai miracle pour qu’Anomalies et perspectives, épisode 4 proposé par Cécile Saint-Paul que l’on a souvent vue et appréciée avec les « endimanchés » d’Alexis Forestier, puisse être vu, dans un autre lieu, dans une autre configuration. L’audace de ceux que l’on appelle les « programmateurs » a tout de même des limites, n’est-ce pas ? En vertu de quoi nous resterons à jamais frustrés de ne pas avoir la possibilité de revoir cet objet étrange que Cécile Saint-Paul a réalisé avec Anne Attali et Patrick, ainsi qu’avec Denis Gobin à la régie, car au sortir de la représentation vous n'avez qu'une envie : y retourner… Objet étrange d’une intelligence vive (qui pour un peu confinerait à une bienfaisante folie ; en la circonstance, c'est tout un) qui démonte ce sur quoi les gens de théâtre d’aujourd’hui se croient obligés de sévir en nous infligeant du même coup d’affreux pensum : le fameux réel. Cécile Saint-Paul, elle, n’y va pas par quatre chemins et joue de toutes les gammes du réel et de la fiction, du hors champ et du contre champ, du cadrage et du décadrage, de l’ici et de l’ailleurs, ronde infernale – et pour tout dire fort jouissive – qui décline les plus belles des mises en abyme. Théâtre dans le théâtre, théâtre dans le cinéma et cinéma dans le théâtre, Cécile Saint-Paul joue sur tous ces registres, où il est bien question aussi de cinéma. Elle a surtout l’extrême pudeur de faire dans la légèreté et dans l’humour. Espaces et temps mêlés, le spectacle se dévide avec grâce et délicatesse. C’est réalisé avec une extrême maîtrise, et cela dit tout de notre très risible humaine condition dans notre drôle et triste monde qui recèle pourtant certaines beautés.

Jean-Pierre Han

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