Une belle déception

Un fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène de Jérôme Deschamps. Comédie-Française, jusqu’au 18 juin 2011. Tél. 0825 10 16 80.

La Comédie-Française tient son triomphe : Un fil à la patte de Georges Feydeau mis en scène par Jérôme Deschamps à la salle Richelieu. Mais quelle Comédie-Française ? Celle de notre temps en recherche de nouveaux talents et de nouvelles formes, ou celle d’antan gardienne de la plus pure tradition, une Comédie-Française frileuse s’arc-boutant sur de vieilles recettes d’avant le déluge ? C’est la première question qui vous vient à l’esprit dès le lever de rideau d’Un fil à la patte avec le décor « comme à l’époque », celle de la Belle Époque bien sûr, celle de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, de Laurent Peduzzi. On se dit qu’il ne faut pas s’en offusquer ou même s’arrêter à de telles considérations car Jérôme Deschamps, le metteur en scène – c’est un peu sa marque de fabrique –, aime toujours à faire évoluer ses comédiens dans de tels cadres, pour mieux les ridiculiser et les faire exploser. Le problème c’est que cette impression de malaise se poursuit au vu du jeu des comédiens. Leur talent n’est pas en cause : ils en sont fortement dotés, surtout Hervé Pierre et Florence Viala, deux des principaux protagonistes de ce Fil à la patte, mais laissés à eux-mêmes, que peuvent-ils faire, sinon être dans la reproduction de ce qui est convenu ? Le jeu est aussi daté que le décor, et si l’on rie, c’est surtout aux situations imaginées par Georges Feydeau qui s’y connaissait en la matière. Il n’est qu’à voir comment Jérôme Deschamps, le metteur en scène, laisse la bride sur le cou de Christian Hecq, acteur génial s’il en est, et que l’on avait déjà eu l’occasion d’apprécier à maintes reprises, mais même le délire, surtout le délire, au théâtre, demande dosage et maîtrise pour être vraiment efficace. Dans Un fil à la patte, Christian Hecq n’est qu’une superbe machine qui fonctionne à vide. Et ce n’est qu’après l’entracte – c’est dire – qu’Hervé Pierre, de son côté, commence à trouver sa pleine mesure… La mise en scène de Jérôme Deschamps se contente de suivre paresseusement le cours des choses. Vieux routier, connaissant son métier sur le bout des doigts, le metteur en scène ne fait qu’assurer le coup sans trop d’invention, à quelques rares éclairs près. Et comme Feydeau avait la bonne manie de truffer ses pièces de didascalies, il lui suffit de lui être fidèle pour que, malgré tout, la machine fonctionne. C’est bien Feydeau qu’il faut célébrer… Pour le reste, et si l’on veut vraiment parler de travail théâtral, de direction d’acteur, il faudra se rendre au Théâtre Marigny à partir du mois de janvier pour voir les mises en scène d’Alain Françon, sur un corpus qui n’est certes pas tout à fait le même que celui d’Un fil à la patte, mais qui est tout de même signé Feydeau !

Jean-Pierre Han

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