Une exceptionnelle performance

Une phrase pour ma mère de Christian Prigent, mise en scène et jeu de Jean-Marc Bourg. Maison de la Poésie à Paris. Jusqu’au 13 Février à 20 heures. Tél. : 01 44 54 53 00.

JMB_Face_carre_bonne_resolutionDidier_LeclercAtelier_N89.jpg Une phrase pour ma mère de Christian Prigent, mis en scène et interprété par Jean-Marc Bourg, fait enfin halte à Paris, à la Maison de la Poésie pour un bon mois. Une occasion en or, pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, à Avignon notamment, au théâtre des Halles, dans le off, de combler ce manque. L’occasion, pour les autres, de retrouver ce qui demeure un spectacle exceptionnel, mais dans une autre configuration, resserré, donné dans une sorte d’intimité avec les spectateurs, un texte comme murmuré, troué d’éclats de voix. Un « lamento-bouffe » comme il est dit dans le programme, encore plus jouissif joué par un olibrius jailli du noir d’un néant pré-natal, s’ébrouant une heure dix durant, avant de replonger dans l’obscurité : le texte de Christian Prigent, cette adresse à sa mère, est une merveille, un feu d’artifice de tous les instants qui joue et se joue de la matière textuelle pour dire, clamer, chanter les « trous » d’être que nous sommes, avec tout autant de virtuosité qu’un Novarina (pour ceux qui voudraient une référence, mais on pourrait tout aussi bien citer Rabelais et Beckett et quelques autres : c’est tout simplement du Prigent) qui fait salle comble en ce moment du côté de l’Odéon… On rêve un instant à l’installation d’Une phrase pour ma mère dans une aussi grande institution. Nul doute que Jean-Marc Bourg parviendrait à l’adapter à ses dimensions avec le même bonheur … Ce que réalise le comédien qui s’est dirigé lui-même (le metteur en scène est tout aussi talentueux que le comédien, mais du même ordre de discrétion), est tout simplement prodigieux. Il se coule, avec une maîtrise absolue et une souplesse de tous les instants, dans la langue du poète, se l’approprie, la digère et la restitue comme transformée, magnifiée. Faut-il ajouter que cet exercice de haute voltige, ce travail ciselé au scalpel, est aussi drôle que profond ? Christian Prigent et Jean-Marc Bourg ne font plus qu’un pour nous « étourdir », et nous renvoyer à notre propre « phrase » pour nos mères respectives… Du grand art mis en lumière (elle joue ici et dans l’espace confiné de la petite salle de la Maison de la Poésie un rôle primordial), ou mis en pénombre par Christian Forey et Olivier Modol.

Jean-Pierre Han

Commentaires

1. Le jeudi 20 janvier 2011, 12:40 par Isabelle Raviolo

Violence et poésie, une percée dans les profondeurs de l'être: parole qui ne laisse pas indemne, qui interpelle à chaque instant. Une phrase pour ma mère convoque notre inconscient, nos angoisses, nos maux tus... ; elle nous interroge. Un spectacle à voir et à revoir. Mes élèves de Terminale ont aimé. Magnifique prestation de Jean-Marc Bourg ! Merci à Claude Guerre et à la maison de la poésie. Isabelle Raviolo

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