Une déception

Woyzeck d’après les fragments de Büchner. Mise en scène de Marie Lamachère. L’Échangeur de Bagnolet, jusqu’au 8 mars, à 20 h 30. Tél. : 01 43 62 71 20.

On attendait beaucoup de ce Woyzeck mis en scène par Marie Lamachère, responsable de la compagnie Interstices basée en Languedoc-Roussillon et qui, pour l’occasion, s’est associée au Théâtre de la Valse installé à Orléans. On attendait beaucoup parce que, en dehors d’une flatteuse rumeur précédant ce spectacle, tout dans le parcours et la manière de travailler de la jeune metteur en scène a de quoi attirer. Las, la déception est à la mesure de l’attente. Reste à tenter d’en cerner les raisons. On le sait, Woyzeck est composé d’un certain nombre de fragments que l’auteur emporté par le typhus à l’âge de 23 ans n’a jamais eu le temps d’agencer. Chacun est donc libre – et de toute évidence personne ne se prive d’user de cette liberté – de reconstituer le Woyzeck qui lui convient. En l’occurrence Marie Lamachère a l’honnêteté de préciser dans la bible distribuée aux spectateurs que son Woyzeck est réalisé d’après les fragments de Büchner. À partir de là elle tente de redonner une cohérence, une logique dramatique à l’ensemble de ces fragments. Avec un peu trop d’application même ; à vouloir rendre parfaitement intelligible et logique la trajectoire des personnages de la pièce, elle finit par perdre ce qui en fait l’essence et la profonde originalité. C’est un Woyzeck du quotidien (le nôtre puisque l’action se passe désormais de nos jours : les soldats sont en treillis, l’enfant joue à un jeu électronique, etc.) colle au plus près de la réalité. Dès lors chaque séquence, et à l’intérieur de chacune des séquences, chaque mot, est pris au pied de la lettre. Marie Lamachère et ses comédiens s’évertuent à illustrer de la manière la plus concrète possible toutes les paroles de Büchner. Tout devient parfaitement clair. C’est donc un formidable travail de « traduction », en terme de logique d’aujourd’hui que Marie Lamachère a opéré. Les comédiens suivent dès lors le chemin tracé : leur jeu, même tiré vers une sorte de danse sauvage (clin d’œil à l’animalité) demeure malheureusement d’un traditionnel de bon teint. Le regard de Marie Lamachère sur l’œuvre en éclats de Büchner est sans doute personnel (avec la mise en exergue d’un « triangle amoureux » composé de Woyzeck, de Marie et du Tambour-Major), il s’enferre dans des chemins d’un réalisme de mauvais aloi dont témoigne l’hémoglobine dont est recouverte Marie sortant de l’obscurité (où elle a été tuée) à la fin du spectacle. Sans compter que certains choix sont discutables (quid du personnage d’Andrès par exemple ?). Nous restons dans une histoire d’une trivialité confondante. Dommage, alors que la belle scénographie de Michaël Viala composée de deux cercles lumineux disposés à plat sur l’immense étendue du plateau et qui ne trouve même pas de véritable fonction pendant la représentation, laissait présager en début de spectacle un meilleur déroulement.

Jean-Pierre Han

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