Une écriture singulière en cours d'évolution

Virginie Barreteau : Plage. Editions Quartett. 96 pages, 11 euros.

Comédienne, Virginie Barreteau possède un sens inné de la scène et du rythme des dialogues. Sans fioriture aucune, serrés jusqu'à la corde, ils sont d'une redoutable efficacité. Ce n'est pas chez elle que l'on trouvera de grands discours et encore moins d'explication quelconque sur les actes des uns et des autres. Ce sont les mots qui sont des actes. Un point, c'est tout. Qu'il s'agisse de La Centrale (2008) qui met en place un quatuor familial convenu : père, mère, garçon, fille ou de Hinterland (2010), c'est tout un avec cependant quelques nuances dans cette dernière pièce, sujet oblige peut-être : ce sont les rouages de la mécanique du désir qui sont mis au jour à travers les propos de cinq adolescentes… Et pourtant l'évolution dans sa dernière œuvre, Plage, est flagrante. Il est question , cette fois-ci, d'un dialogue entre une mère, Madame A., et son fils, exit père et fille (mais ils sont bien présents dans les dialogues). Rien de plus banal, me dira-t-on. Et bien pas du tout. L'écriture de Virginie Barreteau s'en va explorer d'autres rivages formels. On retrouve certes toujours les mêmes dialogues à la mitraillette, mais cette fois accompagnés de longues et très précises didascalies, ceux-ci faisant partie intégrante du travail d'écriture. Il y a là quelque chose de tout à fait original, une voie nouvelle que Virginie Barreteau tente d'inventer et d'explorer. On ne peux y être qu'attentif, d'autant que les qualités d'écriture déjà perceptibles dans ses œuvres précédentes sont toujours là, au rendez-vous.

Jean-Pierre Han

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