Avignon "off" : Jongleries verbales

C'est la faute à Rabelais d'Eugène Durif. Mise en scène de Jean-Louis Hourdin. Théâtre des Halles, à 16 h 30. Tél. : 04 32 76 24 51.

Ceux qui connaissent Eugène Durif savent son amour de la littérature, de la poésie, de la langue. Lecteur infatigable, amoureux des livres et des revues, il sait mieux que quiconque vous dénicher telle merveille littéraire inconnue de tous. Maintenant qu'il fait l'acteur, après avoir écrit ce que l'on peut appeler d'ores et déjà une œuvre, aussi bien théâtrale que romanesque, il n'a de cesse de vouloir nous faire partager sa passion. Comme il a une présence physique incontestable – il suffit qu'il apparaisse sur scène pour que quelque chose se passe en dehors de toute technique actoriale ou autre –, chacune de ses apparitions est un véritable choc, prélude à un bonheur ineffable. Personne ne sera étonné de le voir partir de la jonglerie des mots de Rabelais – l'ancêtre à tous les amoureux du verbe, l'inventeur de la langue française comme l'affirmait péremptoirement, comme à son habitude, Céline – dans son dernier spectacle, un petit récital réalisé en collaboration avec le musicien Pierre-Jules Billon, le tout sous la houlette de Jean-Louis Hourdin, un expert de ce type de spectacle que l'on pourrait presque qualifier d'intervention. On savourera les mots de Rabelais et de quelques autres fous du type de Daniil Harms ou d'Alphonse Allais, en regrettant toutefois l'absence de cet autre fou du verbe et de la grammaire qu'était Jean-Pierre Brisset auquel, jadis, Eugène Durif avait consacré tout un spectacle. Une vraie fête dans laquelle approximations ou maladresses font pour ainsi dire partie du jeu, et ajoutent encore au plaisir que le spectateur peut éprouver à condition d'être lui aussi sensible à la magie du verbe et des mots.

Jean-Pierre Han

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