Une révélation

Ce qui évolue, ce qui demeure de Howard Barker. Mise en scène de Fanny Mentré. Théâtre national de Strasbourg (Espace Klaus Michael Grüber). Jusqu'au 10 novembre à 20 heures. Tél. : 03 88 24 88 24.

Une jeune comédienne, Cécile Péricone, illumine la représentation de Ce qui évolue, ce qui demeure d'Howard Barker, qui se donne actuellement au TNS. Quasiment présente tout au long de la pièce qui se développe sur 2 h 30 de temps dans une tension qui ne connaît aucun moment de répit, elle interprète le rôle d'un adolescent de 17 ans autour duquel se noue l'action imaginée en toute liberté par l'auteur. La pièce, en effet, était destinée à la radio et Howard Barker ne s'est guère préoccupé d'éventuelles contraintes concernant le plateau, n'hésitant pas, au contraire, à redonner à la simple parole toute sa prééminence, fouaillant à nouveau des thématiques qui parcourent toute son œuvre : celle notamment des relations de l'art et de l'éthique, du heurt de l'ancien et du moderne. Cécile Péricorne donne corps – j'emploie ce terme à dessein tant la présence physique de la comédienne dans l'enveloppe charnelle d'un jeune garçon est prégnante, forte, troublante – à un moinillon, le scribe le plus doué de son temps. Sa main gauche retranscrit dans une absolue beauté la beauté du message du Christ… Il en tire, bien sûr, orgueil, un orgueil qui le mène pratiquement au péché d'hybris alors même qu'il prétend servir la parole du Christ. Les sentiments qui l'agitent sont tumultueux jusqu'à la contradiction, Barker en cerne l'extrême complexité, les met en mouvement et, une fois encore, Cécile Péricone les fait vivre dans une apparente clarté. Mais les temps changent (Ce qui évolue), l'arrivée de l'imprimerie va tout bouleverser. Au même moment naît d'ailleurs l'arme à feu, une arme avec laquelle le jeune homme, Hoik, va tuer le moine, moins doué que lui, qui trouve enfin dans l'invention de l'imprimerie matière à ne plus être son inférieur… Condamné à mort Hoik ira jusqu'à refuser la possibilité de s'évader… L'écriture sans ponctuation d'Howard Barker est pour ainsi dire d'un seul tenant. Cécile Péricone lui insuffle sa propre rythmique, sa propre scansion, aidée en cela par ses camarades de plateau au premier rang desquels on retiendra la prestation d'Alain Rimoux, dans le rôle d'un haut dignitaire de l'Église. Elle trouve là partenaire à qui parler, avec qui elle peut s'affronter. Il y a quelque chose de véritablement fascinant dans le dessin de cette trajectoire tragique de toute beauté que la mise en scène volontairement épurée de Fanny Mentré met admirablement au jour.

Jean-Pierre Han

Howard Barker (tome 8 des œuvres choisies) : Ce qui évolue, ce qui demeure, trad. de l'anglais par Pascale Drouet. Avec Graves épouses/animaux frivoles. Éditions Théâtrales, 2011. 126 pages, 19 euros.

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