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Le Vicaire de Rolf Hochhuth. Mise en scène de Jean-Paul Tribout. Théâtre 14 à Paris . Jusqu'au 31décembre. 01 45 45 49 77

Près d'un demi-siècle après avoir été composé par le dramaturge allemand Rolf Hochhuth, avant d'être présenté, en 1963, à Paris dans une mise en scène conjointe de Peter Brook et de François Darbon, non sans que cela provoque un énorme scandale perpétré par les intégristes (déjà !), Le Vicaire réapparaît sur une scène parisienne. Une belle occasion de vérifier la pertinence de son propos qui entre-temps, en 2001, a été adapté au cinéma par Costa-Gavras. Disons-le d'emblée, l'écriture de Rolf Hochhuth n'a pas vieilli, ce qui est plutôt une excellente nouvelle tant le sujet qu'il s'est permis de traiter mérite, aujourd'hui comme hier, attention et réflexion. Le vicaire, c'est tout simplement le pape Pie XII, lequel durant la dernière Guerre mondiale, s'était abstenu de tout commentaire sur l'extermination des juifs alors qu'il était parfaitement informé de la situation ; une attitude « neutre » plus qu'ambiguë que les considérations politiques du Vatican d'alors (elles sont largement évoquées dans la pièce) ne sauraient totalement expliquer. On comprendra aisément que la thématique choisie par Hochhuth est plutôt délicate à traiter, qu'elle souleva et continue à soulever nombre d'interrogations, notamment auprès de la communauté catholique. Cela dit, le texte de Hochhuth est tout sauf un acte d'accusation gratuit ; il s'appuie sur une authentique et très sérieuse recherche documentaire, l'édition de la pièce (au Seuil) étant agrémentée d'une cinquantaine de pages « d'éclaircissements historiques » tout à fait convaincants. Comment faire théâtre de tout cela ? Rolf Hochhuth s'inscrit dans une longue tradition du théâtre politique allemand (« un drame historique au sens schillerien »), et il n'est pas anodin que la première personnalité théâtrale à s'être intéressé à son texte ait été Erwin Piscator, l'un des grands noms du théâtre politique et documentaire du XXe siècle. Hochhuth brasse avec bonheur la matière historique et la fiction. Auprès de personnages ayant vraiment existé, comme le nonce apostolique en poste à Berlin, ou le très complexe SS catholique Kurt Gerstein, il en crée d'autres à partir de hautes figures comme le Père Bernhard Lichtenberg qui fut arrêté par les nazis en 1941… De la très riche matière (le texte s'il était joué dans son intégralité durerait huit heures), avec sa multitude de personnages, Jean-Paul Tribout a pris le parti de ne présenter, de la manière la plus sobre possible, que les controverses entre quelques personnages-clé. C'est la trame de la pièce comme mise à nu, interprétée par une solide équipe de six comédiens, gravitant autour d'Emmanuel Dechartre chargé d'incarner Pie XII.

Jean-Pierre Han

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