Un conte d'hiver

Fratrie (Il me ressemble comme l'hiver) de Marc-Antoine Cyr. Quartett éd., 112 pages, 12 euros.

Dans sa préface, l'auteur togolais Gustave Akakpo affirme qu'il lui a fallu deux lectures de la pièce de Marc-Antoine Cyr pour en saisir enfin toute la subtile beauté. Sans doute veut-il dire par là que le texte de l'auteur québécois ne se donne pas d'emblée, comme enfoui sous une épaisse couche de neige qu'une deuxième lecture parvient à faire fondre… Il est vrai que cette Fratrie qui met en scène quatre jeunes frères dont le père vient d'être victime d'un accident cardiaque, un « caillou tombé dans le cœur », et « qui tombe dans la neige » sous leurs regards alors qu'ils sont à l'abri de la tempête qui souffle dehors, évolue dans un registre placé sous l'aile de l'étrangeté. Mais le lecteur, lui, est saisi par la beauté inouïe de ce huis clos installé quelque part dans le vaste espace enneigé. Les rapports qui lient les quatre garçons (la mère est restée près du père) sont d'une très grande finesse, d'une constante tendresse dite et non dite dans un langage très particulier qui est la marque de fabrique poétique de Marc-Antoine Cyr. Ce huis clos est un no man's land, un espace blanc entre réalité et imaginaire. Comme le développement d'une sorte de rêve au milieu de l'infini. Au vrai, on est bien en présence d'un roman d'apprentissage, et on songe alors à la précédente pièce de l'auteur (également publiée chez Quartett) au titre on ne peut plus parlant : Quand tu seras un homme… Il y a chez Marc-Antoine Cyr une vraie et très pudique sensibilité pour aborder et développer des thèmes enfouis au plus profond de nous-mêmes. Fratrie est une véritable réussite, comme une musique entêtante qui ne cesserait de nous hanter. Alors oui, il faut lire et relire cette pièce pour en découvrir à chaque lecture de nouvelles pépites.

Jean-Pierre Han

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