Jeux de conctruction

La Petite maison par Noëlle Renaude. Editions Théâtrales. 82 pages, 15 euros.

Dans les Exercices de style de Raymond Queneau auxquels une lecture rapide de La Petite maison de Noëlle Renaude pourrait faire penser, très paradoxalement, alors que l'action se passe dans un autobus, on ne voyage guère : tout est statique. Dans La Petite maison, en revanche, suite de 37 motifs qui sont autant de fictions, cela ne cesse de bouger, de voyager. C'est en cela que cette dernière œuvre de l'auteur de La Promenade et de Par les routes (au moins ses titres sont parlants), est éminemment théâtrale. Queneau, Perec, grand spécialiste des échecs et du jeu de go, on y songe, bien sûr, dans le dispositif mis en place par Noëlle Renaude. Avec ses personnages, Ralph, Jo, Gilles, Walter, vibrionnant autour de la personne de Lili (accompagnée de son chien Brutus qui tient absolument à intervenir dans les discussions : « oua oua » et « grr » !), nouvelle acquéreuse de la fameuse petite maison de Ralph… Dès lors de station en station (37), ça va bouger, allées et venues des uns et des autres, se développer, autour de la maison et/ou atour de la charmante personne de Lili et de ses amies… Une foule, un monde. Dans une langue, une rythmique reconnaissables entre toutes (et qui rejoint – ne parlons pas d'influence – celle d'Hélène Bessette, toujours aussi mal connue). C'est très fort, l'air de rien, d'une construction savante qui a la discrétion de se cacher derrière le masque de la simplicité et de l'humour. Car on rit énormément à la lecture de La Petite maison. On rit à en mourir… Et c'est sans doute aussi et surtout du pain béni pour un metteur en scène à condition que ce dernier sache prendre les mots pour ce qu'ils sont, et pas au-delà.

Jean-Pierre Han

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