Une juste reconnaissance

Klaus Michael Grüber. Editions du TNS (tns@tns.fr), 96 pages, 8 euros.

Voici un livre qui n'aurait pas sa raison d'être sans le CD qui l'accompagne et sur lequel on trouve en live la majeure partie des textes reproduits dans l'ouvrage. Ces textes avaient été lus au Théâtre national de Strasbourg (TNS) pour l'inauguration de son Espace Klaus Michael Grüber (sa troisième salle) le 17 octobre 2010. On l'aura compris, pratiquement tous les écrits publiés sont de circonstance, et l'on retrouve au fil des pages les formules d'usage de félicitations de la création d'un tel espace, et bien sûr, tout les intervenants s'évertuent à tresser les louanges du cher disparu. C'est la loi du genre. Mais bien vite l'agacement que pourraient provoquer ces passages obligés s'efface. D'abord parce que dans sa forme, le livre réalisé par Fanny Mentré et Nathalie Trotta, ainsi que par la graphiste Tania Giemza, est beau avec ses nombreuses illustrations photographiques de spectacles de Klaus Michael Grüber. Ensuite parce que la teneur des propos tenus par certains (Julie Brochen, la directrice du TNS qui découvrit adolescente Bérénice de Racine présentée à la Comédie-Française dans la mise en scène de Klaus-Michael Grüber – un premier choc théâtral passionnel –, Éric Vigner, André Wilms, André Marcon…tout particulièrement) dépasse le simple exercice convenu. Et puis les "Paroles en répétition" de l'intéressé soi-même à propos de Sur la grand'route de Tchekhov sont tout simplement superbes et… éclairantes, alors qu'il est question de la « difficulté de produire l'obscurité dans la clarté. Ce qui est difficile, tout faire dans la lumière, il est facile de se dissoudre dans l'obscurité. La seule idée : que la nuit est claire  »…

Un bel et juste hommage au metteur en scène qui aura, c'est incontestable, marqué la scène théâtrale européenne de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle.

Jean-Pierre Han

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