Panne d'inspiration

La Réunification des deux Corées écrit et mis en scène par Joël Pommerat. Ateliers Berthier, jusqu'au 3 mars. Tél. 01 44 85 40 40.

À voir le dernier spectacle de Joël Pommerat, La Réunification des deux Corées, on se dit que décidément personne n'est à l'abri d'une panne d'inspiration, pas même les artistes les plus performants, pourtant habitués à un rythme de croisière d'au moins un spectacle par saison. La panne d'inspiration qui affecte Pommerat aujourd'hui nous fait regretter ses autres spectacles, qu'il s'agisse des Marchands, de Cercle/Fictions ou encore de Ma chambre froide, même si on pouvait ne pas adhérer à leur idéologie. Avec sa dernière création tout se passe comme si l'auteur s'était posé la question de savoir ce qu'il pouvait bien nous raconter. Que « l'amour, ça ne suffit pas » comme il est clairement dit au cours du spectacle, que la fusion ou à tout le moins l'union entre deux êtres est tout aussi utopique que la fameuse « réunification des deux Corées » ? Voilà qui est un peu court et pas franchement original, même si c'est joliment dit, mais pourquoi pas ? Reste alors à apprécier la manière dont l'auteur-metteur en scène développe son propos, organise sa fable, si fable il y a. Il semble bien qu'il ait choisi la solution la plus simple : pas même agencer une Ronde à la Schnitzler, mais plus simplement mettre bout à bout, avec beaucoup de virtuosité technique certes, une série de séquences traitant de cette question d'une impossible et authentique complicité, voire de communion, entre individus. En réinventant à chaque fois quelques situations qui se donnent des airs de nouveauté, mais dont le déroulement est forcément attendu, puisque le postulat de départ nous est donné d'emblée. On passera donc en vrac, avec plus ou moins de bonheur, de l'histoire d'un couple de lesbiennes incapables de se séparer et plongeant dans l'hystérie, d'un autre inventant un enfant qu'il n'a pas et faisant appel à une baby-sitter, d'un homme accusé de pédophilie par les parents d'un jeune garçon, d'un autre encore dont on découvre le jour de son mariage qu'il a eu des aventures avec toutes les femmes de la famille de sa future épouse, et ainsi de suite jusqu'à plus soif. On le voit, un homme, une femme, quelques comparses, et le tour est joué… C'est du boulevard extrêmement bien ficelé, joué à la perfection par une équipe aguerrie et habituée à œuvrer ensemble. Tout cela pour nous donner, au mieux, une vision noire et trouble de notre humanité. Pommerat, en habile artisan, sait faire, on le savait ; il opte cette fois-ci pour un dispositif bi-frontal après avoir expérimenté celui du cercle. Cela ne change malheureusement rien à l'affaire. Techniquement la chose est parfaitement réglée, encore que l'on pourrait trouver à redire sur le son et surtout la musique venant appuyer les effets, mais qu'à cela ne tienne, Joël Pommerat continuera à fasciner, voire à susciter l'enthousiasme d'une partie du public…

Jean-Pierre Han

Tous les textes de Joël Pommerat sont publiés chez Actes Sud-Papiers

admin