Mortelles contractions

Festival d'Avignon (off)

Contractions de Mike Bartlett. Mise en scène et jeu Elsa Bosc et Yaël Elhadad. Théâtre des Halles, jusqu'au 28 juillet à 16 heures 30. Tél. : 04 32 76 24 51.

Que ce soit en France, d'Alexandra Badea à Magali Mougel, ou en Grande-Bretagne, le monde de l'entreprise semble fasciner les jeunes dramaturges qui n'hésitent pas à en révéler tous les dysfonctionnements et les dérives. Ainsi le britannique Mike Bartlett, la trentaine tout juste entamée (il est né en 1980), nous décrit en 14 séquences découpées à la hache, l'investigation d'une manager d'un département de vente d'une entreprise dans la vie privée et intime d'une jeune employée. Quatorze séquences de jeu au chat et à la souris, à la manière très british portée jadis à son point d'orgue par Harold Pinter et quelques autres. Quatorze séquences – quatorze contractions – d'un dialogue serré ne laissant pas filtrer le moindre souffle d'air, entre le dit et le non-dit, le tout arrosé à la sauce humoristique pince-sans-rire. Se dégage petit à petit, de manière insinueuse, un sentiment d'inquiétude terrifiant. Pour ce jeu de ping pong verbal à petites balles mortelles, il fallait l'écrin, c'est-à-dire le lieu adéquat de l'affrontement : c'est l'espace étroit de la chapelle Sainte Claire du théâtre des Halles permettant tout juste la juxtaposition de deux bureaux placés face au public, lequel se retrouve soudainement pris à partie dans cette affaire de la plus haute importance : l'anéantissement de la vie personnelle d'une employée, censée appartenir corps et âme à la société qui l'emploie. Il fallait surtout pour mener à bien cette "entreprise" un duo de comédiennes capables d'assumer cette joute à fleurets à peine mouchetés. Elsa Bosc et Yaël Elhahad sont ces deux comédiennes physiquement très différentes l'une de l'autre, mais en parfait état de complétude. Avec intelligence et finesse, elles donnent vie, si on ose dire, aux deux personnages. Une belle démonstration qu'elles assument conjointement, de la mise en scène, à la scénographie et bien sûr au jeu, de contraction en contraction, comme l'indique le titre de la pièce, à vous glacer les sang.

Jean-Pierre Han

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