Auto-célébration

Festival d'Avignon

Cour d'honneur de Jérôme Bel. Cour d'honneur du Palais des papes. Jusqu'au 20 juillet à 22 heures. Tél. : 04 90 14 14 14.

Et si, au bout du compte, le moment le plus authentiquement touchant de la représentation à laquelle les spectateurs ont pu assister le 18 juillet avait été l'intervention impromptue d'un comédien rendant hommage à Antoine Bourseiller tout récemment disparu ? Un hommage un peu maladroit évoquant hommes et faits ne disant pas grand-chose à la majorité des deux mille spectateurs, car enfin qui connaît encore Antoine Bourseiller, pourtant un de nos grands hommes de théâtre d'un temps désormais révolu ? J'écris ces lignes et me demande soudainement si ce moment faisait partie du spectacle ? Un moment appartenant à l'histoire de la Cour d'honneur qui est donc le sujet et l'objet de ce spectacle signé Jérôme Bel. Spectacle, vraiment ? De deux choses l'une : ou bien Cour d'honneur est vraiment un spectacle, et alors on ne peut qu'être déçu, tant sa conception schématique et paresseuse – avec son alternance de témoignages et de quelques illustrations ou reprises de passages de spectacles d'antan comme l'escalade du mur du Palais des papes par Antoine Le Menestrel lors d'Inferno de Romeo Castellucci – paraîtra un peu longue, vaine, maladroite même ; ou bien c'est un hommage, une célébration saisie sur le vif, et dès lors on ne comprend plus qu'elle soit renouvelée à quatre reprises, l'effet de répétition lui enlevant une bonne partie de sa crédibilité et de son authenticité. Reste donc à grappiller ici et là les paroles des témoins – il sont quatorze, chacun avec sa propre histoire – dont certaines, c'est indéniable, sont passionnantes, émouvantes même et toujours d'une très grande justesse dans leurs formulations. Restent aussi quelques images, comme celle de cette gamine de 11 ans se mettant à courir sur l'immense plateau, cheveux au vent, son témoignage à elle aussi livré. Restent quelques moments d'émotion, mais le tout finit par s'enliser quelque peu et on se pose même la question de la nécessité d'une liaison par Internet d'Isabelle Huppert, actuellement en tournée en Australie, et se mettant à nous réciter un extrait de la Médée d'Euripide qu'elle joua jadis dans la Cour d'honneur…

Jean-Pierre Han

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