Un beau moment de théâtre

La Locandiera de Goldoni, traduction de Jean-Paul Manganaro. Mise en scène de Marc Paquien. Théâtre de l'Atelier à 20 heures. Jusqu'au 25 janvier 2014.

Entre vérisme teinté de folklore italianisant et rappels appuyés de la commedia dell'arte, comment interpréter aujourd'hui Goldoni ? Marc Paquien tente, dans sa mise en scène de La Locandiara de trouver le juste équilibre aidé en cela par la scénographie de Gérard Didier qui a le bon goût de ne pas faire dans l'anecdotique et de laisser le champ libre à l'imagination avec uniquement, pour chaque tableau, quelques éléments pour la guider, le tout savamment éclairé par Dominique Bruguière, comme toujours. À partir de là Marc Paquien abat son atout : le duo que forment Dominique Blanc et André Marcon (un duo qui avait déjà fait merveille dans Le Mariage de Figaro jadis mis en scène par Jean-Pierre Vincent). Alors peut commencer, dans une sorte d'inversion de la Mégère apprivoisée, ce « misogyne maté ». Et c'est vrai qu'à ce stade la scène centrale, la plus réussie, est bien celle où l'aubergiste Mirandolina se met à amadouer – petits plats à l'appui – le misogyne endurci. Étonnant ballet où les deux acteurs font étalage de toute leur science du plateau. Il est vrai aussi, par ailleurs, que La Locandiera, ici excellemment retraduite voire dépoussiérée par Jean-Paul Manganaro, comporte une dimension sociale absente de bien d'autres œuvres de l'auteur. Dans le parti pris de Marc Paquien de peaufiner en premier lieu la direction d'acteur – c'est sans doute une des marques de son style que l'on retrouve de mise en scène en mise en scène, avec un choix toujours juste de ses distributions –, cette dimension apparaît enfin clairement, les autres interprètes ici (de François de Brauer à Pierre-Henri Puente, en passant par Anne Caillère, Anne Durand et Gaël Kamilindi, avec mention particulière pour Stanislas Stanic dans un autre registre) jouant le jeu, à la limite de la caricature cependant. Mais avec Dominique Blanc et André Marcon, c'est le théâtre enfin rendu aux comédiens, pour un réel moment de plaisir.

Jean-Pierre Han

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