Chronique scénographique de Jean Chollet

Laure Pichat, pour une inscription des corps dans l’espace

Après avoir amorcé des études en architecture à Lyon, son attrait pour le théâtre conduit cette jeune femme d’une vingtaine d’années à mener conjointement des études théâtrales à l’université Paris X-Nanterre tout en suivant l’enseignement du département scénographie de l’École nationale supérieure d’Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT). Au cours de cette formation, si elle participe à différentes réalisations théâtrales sous la forme d’ateliers, Laure Pichat s’ouvre aussi à différentes expériences scénographiques, notamment en interrogeant leurs impacts sur le quotidien en milieu urbain. Aussi, pour son diplôme en 2000, rien de surprenant à ce qu’elle présente une robe végétale, qui nécessite arrosages et soins attentifs, en provoquant les réactions des curieux. Mais au cours de cette période de formation, elle développe aussi une connaissance des espaces d’exposition et de la muséographie en côtoyant Jean-Michel Wilmotte. Si, dans le cadre d’un concours du Salon de la Maroquinerie, elle crée un sac ventral « personnifiant la Terre et la mère nourricière » qu’elle expérimente dans les rues de la cité lyonnaise, Laure Pichat n’abandonne pas pour autant le théâtre. Avec ses condisciples de l’ENSATT, elle réalise sa première scénographie pour Une Seconde sur deux, de Sarah Fourage, dans une mise en scène de Marie-Sophie Ferdane. Puis, en 2003, elle rencontre Jean-Yves Ruf, comédien et metteur en scène, avec lequel elle amorce une collaboration fructueuse qui se poursuit aujourd’hui, tant pour le théâtre que pour l’opéra. À leur actif, notamment, Siliures, inspiré d’un poème de Samuel Taylor Coleridge, La Passion selon Jean d’Antonio Tarantino, La Panne de Friedrich Dürrenmatt, Troïlus et Cressida de Shakesperare à la Comédie-Française, ou Élena de Francisco Cavalli, Agrippina de G.F Haendel, Don Giovanni de Mozart. Durant cette période, Laure Pichat reprend ses études d’architecture et obtient son diplôme à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris – La Villette (UP6) qui lui ouvre, en parallèle, un exercice professionnel tourné vers l’habitat. Mais ce pluralisme n’occulte pas sa relation à l’espace fondateur du théâtre. Pour elle, sa création se fonde sur « l’importance de l’inscription des corps dans l’espace quel qui soit ». C’est à partir de ce postulat qu’elle élabore sa scénographie, en entrant en relation avec une œuvre et avec les comédiens pour leur permettre pleinement d’habiter l’espace, sans formalisme esthétique ni idées préconçues. Mais avec une écoute sensible des différents partenaires, traduite sur la scène de manière légère et mouvante, sans illustrations surannées, en provoquant l’imaginaire des spectateurs.

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