Ultime offrande

La Dernière neige d'Hubert Mingarelli. Adaptation et mise en scène de Didier Bezace. Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, salle des Quatre chemins. Jusqu'au 14 décembre. Tél. : 01 48 33 16 16.

Une dernière offrande de Didier Bezace aux spectateurs d'Aubervilliers et d'ailleurs pour ce qui constitue ses adieux à un théâtre, celui de la Commune, qu'il a dirigé avec bonheur pendant quinze ans. Une offrande que ce dernier spectacle, La Dernière neige d'Hubert Mingarelli, qu'il met en scène et interprète, seul, car on y retrouve tout ce qui a toujours fait sa qualité d'artiste : intelligence, discrétion, une façon subtile et inimitable de nous faire découvrir un texte rare en nous le restituant jusque dans ses replis les plus secrets. Plateau quasiment nu avec juste un pupitre d'écolier et quelques feuilles mortes qui jonchent le sol (il en tombera quelques-unes au cours du spectacle) ; l'espace ainsi « habité », Didier Bezace, l'acteur, peut nous narrer, comme en confidence, l'histoire d'un jeune garçon qui gagne trois sous en accompagnant dans leur promenade les pensionnaires d'un hospice de vieillards, et qui rêve de posséder un milan qu'il a vu dans la boutique d'un marchand. Ce rêve va bouleverser sa vie, lui donner un sens, alors que s'égrènent les jours et les nuits dans la froidure de l'hiver, entre sa mère qu'il semble ne jamais voir, mais dont la présence est marquée par le bruit de ses pas dans l'escalier ou le claquement de la porte de la maison lorsqu'elle part à son travail, et ses visites à son père malade à qui il raconte l'histoire très vite inventée (fantasmée ?) du milan qu'il aurait capturé. Pas grand-chose à première vue, et pourtant c'est toute une vie décrite avec une extrême sensiblité qui est ainsi évoquée. Hubert Mingarelli dont La Dernière neige a paru à l'aube des années 2000 est un auteur si discret que l'on en oublierait presque qu'il est à la tête d'une œuvre conséquente et d'une extrême cohérence. Son registre d'écriture, en tout cas, est celui-là même qui va comme un gant à la personnalité théâtrale de Didier Bezace. C'est dire l'extrême plaisir de recevoir ce spectacle mettant en scène et en jeu les petits riens qui forment le tissus de notre vie…

Jean-Pierre Han

À lire : Didier Bezace, D'une noce à l'autre, un metteur en scène en banlieue, Les Solitaires intempestifs, 208 pages, 23 euros.

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