Chronique scénographique de Jean Chollet

Annette Kurz, la scénographie comme force métaphorique.

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Après des études classiques dans sa ville natale de Hambourg, elle quitte l’Allemagne à dix-huit ans pour suivre en France une formation axée sur les pratiques artistiques. Cherchant encore sa voie, Annette Kurz mène de front plusieurs enseignements à Paris. À L’École du Louvre pour approfondir l’histoire de l’Art, et à l’Université Paris VIII où elle obtient une maîtrise en Arts plastiques. C’est dans cette faculté qu’elle découvre et se passionne pour la scénographie, à partir d’ateliers dirigés par Gilone Brun, qui, sensible aux qualités perçues chez son élève, l’encourage à poursuivre dans ce domaine. Annette Kurz, intègre alors le département spécifique de l’École du T.N.S. (Groupe XXVIII) dont elle apprécie l’enseignement et « son seul objectif : le théâtre ». Durant sa dernière année à Strasbourg, elle est engagée comme assistante par Anna Wiebrock, collaboratrice attitrée de Christophe Marthaler. Puis, pour sa première création personnelle, elle investit à Hambourg une ancienne usine reconvertie où elle réalise une scénographie pour Le Grand Cahier d'Agota Kristof. Mais c’est surtout dans sa rencontre avec le metteur en scène flamand Luk Perceval, associé au Thalia Theater de Hambourg, qu’elle engage une collaboration fructueuse et développe ses conceptions scénographiques. Parmi celles-ci, une adaptation de Hamlet en 2010, où, pour évoquer le Prince du Danemark, Annette Kurz dresse un mur composé de deux mille redingotes suspendues sur une ossature métallique (poids total 4 tonnes !), évoquant les nombreux interprètes du personnage depuis la première création. L’ensemble constituant, sous les variations de lumière, une palette colorée significative des climats de la pièce. En avant-scène, un cerf mort à la fois métaphore de la vanité de la vie et cadavre du père d’Hamlet. L’objectif de la scénographe : « laisser flotter la présence et les traces matérielles des âmes pour lesquelles “ être ou ne pas être ” traverse le temps avec une portée universelle ». Avec des variantes adaptées à l’œuvre, des caractéristiques que l’on retrouve dans Seul dans Berlin, d‘après le roman de Hans Fallada, présenté au Théâtre Nanterre-Amandiers fin janvier 2014. Le roman évoque, d’après des faits réels, la résistance au régime nazi d’un couple d’allemands entre 1940 et 1942. Annette Kurz, adosse à l’espace de représentation une fresque de 10 m x 14 m de hauteur, composée de 4000 pièces issues d’objets éclatés, reconstituant un plan de la ville de Berlin après un bombardement. Un élément d’une grande force plastique qui contribue à l’expression de cette tranche d’histoire méconnue, à laquelle il apporte une résonance visuelle métaphorique. Avec Luk Perceval, ou d’autres metteurs en scène avec lesquels elle travaille pour le théâtre ou l’opéra, cette jeune praticienne de la scène reste fidèle à ses principes. « Ma recherche est fondée sur une volonté d’établir des jeux de force et des tensions entre les comédiens et l’espace de représentation. En partant du sol et en utilisant des matériaux véritables en mesure de nourrir la force métaphorique que je souhaite ». Distinguée en 2013 par deux prix prestigieux du théâtre allemand, Annette Kurz compte aujourd’hui parmi les créateurs significatifs de la nouvelle génération de la scénographie européenne.

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