Un spectacle en demi-teinte

Jeunesse sans Dieu d'Ödön von Horvath. Mise en scène de François Orsoni. Théâtre de la Bastille, jusqu'au 30 mars à 20 heures. Tél. : 01 43 57 42 14.

De Brecht dont il a monté Jean la chance puis Baal, à Horvath qui est de la même génération que le dramaturge allemand, François Orsoni reste dans les mêmes eaux. Sauf que l'œuvre choisie est cette fois-ci un roman, Jeunesse sans Dieu, et qu'inévitablement se pose la question – délicate – de son adaptation à la scène. On comprend aisément l'attirance de François Orsoni pour cet ouvrage, l'avant-dernier à avoir été écrit par Horvath, en 1937, un an avant sa mort survenue accidentellement en 1938 devant le théâtre Marigny à Paris. Un ouvrage que l'auteur décrivait ainsi : « Je viens de relire ce livre, et je dois l'avouer, il me plaît. Sans en avoir l'intention, j'ai décrit pour la première fois le fasciste rongé par les doutes, mieux encore, l'homme dans l'État fasciste ». On comprend d'autant mieux l'attirance de François Orsoni que le roman qui décrit la réalité de la vie quotidienne d'un jeune professeur allemand à la fin des années 1930 est découpé en courts épisodes (qui fourniront la matière à autant de séquences théâtrales), dans une langue cinglante et très rythmée. Le seul problème résidant dans le fait que l'histoire est écrite à la première personne du singulier. Se succèdent alors une série de monologues et de dialogues ; comment passer de l'un à l'autre sur le plateau ? C'est bien là l'enjeu du travail théâtral de François Orsoni et de sa jeune équipe. Pas sûr, malheureusement, que le pari soit tenu ; les cartes sont singulièrement brouillées, les séquences inégales, certaines réussies, d'autres moins. Le fil rouge de la description de « l'homme dans l'État fasciste » pas toujours évident. On a, au contraire, l'impression d'un travail séquence par séquence à partir d'improvisations pas toujours abouties. On le regrettera d'autant plus que l'équipe réunie autour de Bert Haelvoet, le professeur, à la recherche non pas de son personnage mais de son texte français (flamand, il travaille régulièrement avec le TG Stan) ne manque pas de talent et fait preuve d'une grande disponibilité, ce qui n'est certes pas suffisant pour rendre compte réellement de ce petit chef-d'œuvre qu'est Jeunesse sans Dieu salué aussi bien par Thomas Mann que par Hermann Hesse.

Jean-Pierre Han

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