Éternelle enfance

Maman revient pauvre orphelin de Jean-Claude Grumberg. Mise en scène de Stéphane Valensi. Théâtre du Lucernaire à 18 h 30. Jusqu'au 21 juin. Tél. : 01 45 44 57 34

Point n'est besoin de longs discours ou d'explications infinies pour dire ou crier la douleur de la vie. Jean-Claude Grumberg, auteur plus qu'expérimenté, le sait mieux que quiconque. Son texte, Maman revient pauvre orphelin, écrit d'un jet, pas forcément pour le théâtre d'ailleurs, mais cela n'a guère d'importance, nous le rappelle fort opportunément. Oui, écrit d'un jet à la suite d'une opération chirurgicale aux yeux pour simplement dire la précarité de notre condition humaine. Comme en plus l'auteur possède une forme d'humour qui n'est que le masque d'une certaine pudeur, autant dire que nous sommes servis dans ce que Stéphane Valensi met avec simplicité, mais efficacité, en théâtre. Soit un homme seul, assis en pyjama rayé, au centre de la scène – admirable Marc Berman – à dévider le fil de ses souvenirs, de ses cauchemars plutôt, ponctués de ce refrain, « maman revient pauvre orphelin », souvenirs et cauchemars qui, comme de bien entendu, le prennent toujours à revers : les réponses à ses appels au secours ne sont jamais celles qui sont attendues. Dans son état de semi-inconscience, rien de plus normal après tout. Il fallait un doigté, une délicatesse extrêmes pour faire théâtre de tout cela. Stéphane Valensi y parvient avec intelligence et drôlerie. Comme Guilaine Londez (la mère ou les mères, toutes les mères) et Marc-Henri Boisse assument avec une belle et juste présence tous les rôles qui surgissent autour de l'enfant de 62 ans (sortis tout droit de son esprit malade), aidés dans leur tâche par le violoniste Boris Winter, autant dire que ce « petit » spectacle est une véritable réussite.

Jean-Pierre Han

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