Le théâtre comme quête spirituelle

Festival d'Avignon

Orlando ou l'impatience d'Olivier Py. Mise en scène de l'auteur. La Fabrica à 18 heures, jusqu'au 16 juillet. Tél. : 04 90 14 14 14.

Avec Orlando ou l'impatience d'Olivier Py, le nouveau directeur du Festival, c'est réellement les trois coups de l'édition 2014 qui sont frappés. Élégant et habile stratège, Olivier Py a pourtant délégué l'inauguration de la manifestation dans la Cour d'honneur du palais de papes – inauguration reportée pour cause de grève des intermittents puis perturbée les jours suivants par la météo – à Giorgio Barberio Corsetti avec Le Prince de Hombourg en hommage appuyé et reconnaissant à Jean Vilar et à Gérard Philipe. Mais outre le fait que le travail de Corsetti pour honnête qu'il est ne soulève pas l'enthousiasme, c'est vraiment avec son spectacle que l'on peut sentir et jauger les prémices de ce que sera le Festival nouvelle manière. Et cela dans un autre lieu désormais emblématique du festival parce que récemment (l'année dernière) créé et ouvert dans un quartier situé hors des remparts de la ville, et jusque-là culturellement délaissé, le quartier de Monclar. En ce sens – finalement rien là que de très normal – Orlando ou l'impatience a toutes les apparences d'un manifeste. Au plan de l'endroit où il est proposé et bien sûr au plan de ce qu'il prend le temps d'affirmer et d'expliquer. C'est un Olivier Py au meilleur de sa forme, comme transcendé par la réalisation d'un de ses rêves, à savoir diriger le Festival d'Avignon avec tous les aléas que cela représente, et ils ne manquent certes pas cette année, qui, dans un premier temps, a écrit Orlando ou l'impatience avant de le mettre en scène. Il faut le dire, le poète Olivier Py a composé là une œuvre de la meilleure encre. Où on le retrouve tout entier, expression à prendre au pied de la lettre, car la part autobiographique de la pièce n'est pas négligeable même si elle n'est pas prédominante. Olivier Py tout entier dans son style, sa manière de brasser les éléments, de jouer avec gourmandise et jusqu'à plus soif de tous les registres, baroque, lyrique, comique, ironique… en un mot de tout ce qui peut nourrir sa passion poétique et théâtrale. Et puisqu'il est question de passion, c'est bien dans son sens étymologique qu'il faut entendre ce terme, celui qui fait aussi référence à la souffrance. Alors, bien sûr, les mauvais esprits n'auront pas manqué de signaler une certaine boursouflure dans le texte, trouvant son temps d'exposition et de développement trop long. Soit, mais Olivier Py est là jusque dans ce qui est considéré comme des défauts, et il faut sans doute le saisir tel qu'il est pour réellement l'entendre. Grandiloquence dans son affirmation de sa passion du théâtre ? Peut-être, mais celle-ci en tout cas ne saurait être mise en doute. On peut même considérer qu'enfin voilà un artiste qui ose dire ce qu'est l'art qu'il pratique ; il a le bonheur de le proclamer à travers une sorte de « roman familial » – Orlando ou la recherche du père – sur le mode d'une ritournelle se répétant de séquence en séquence, mais à chaque fois avec un léger décalage, celui d'une langue qui ferait mine de bégayer mais qui n'est que le symptôme d'un homme en quête d'absolu et de la grâce. Olivier Py a l'extrême pudeur et la lucidité aussi de porter sur lui-même et sa quête spirituelle le regard de quelqu'un qui ne se fait pas d'illusion sur sa propre personne, homme parmi les hommes. Il a surtout la chance (qu'il a provoquée) de trouver une résolution théâtrale qui donne à son texte une jouissive ampleur. Dans la scénographie inventive de son compagnon de travail de longue date, Pierre-André Weitz, il jette sur le plateau des comédiens de tout premier ordre dans leurs performances, soit Matthieu Dessertine dans le rôle titre d'Orlando, lointain double de l'auteur, François Michonneau, Mireille Herbstmeyer, la mère en Grande Actrice, Laure Calamy, Philippe Girard dans les différentes figures de pères, Eddie Chignard dans le rôle d'un ministre de la Culture (car Olivier Py, au passage, n'hésite pas à régler quelques comptes) Stéphane Leach et Jean-Damien Barbin, bouffon shakespearien chargé de nous faire reprendre souffle durant l'épopée. Tous accèdent à une certaine et authentique beauté.

Jean-Pierre Han

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