Superbe bal(l)ade

Festival d'Avignon Off

Toni M. de et par Gaëtan Vassart. Théâtre des Halles (Chapelle Sainte Claire). Jusqu'au 27 juillet à 18 h 30. Tél. : 04 32 76 24 51.

Toni Musulin était un convoyeur de fonds lyonnais fort d'une quinzaine d'années de bons et loyaux services, qui, un beau jour, disparut avec 11,6 millions d'euros dans son fourgon que l'on retrouva vide. Après trois semaines de cavale le fuyard se rendit finalement à la police monégasque. L'affaire fit grand bruit et le convoyeur s'attira la sympathie du grand public toujours prêt à prendre fait et cause pour les humbles contre les puissants de ce monde, surtout après une cavale rocambolesque comme le fut celle de Toni Musulin. Le texte écrit par Gaëtan Vassart s'inspire de ce fait divers réel – ce qui en soi n'a, à vrai dire, strictement aucune espèce d'importance ! La dimension théâtrale du texte et du spectacle vient bien évidemment se nicher dans le passage de la réalité à la fiction, et paradoxalement dans la réduction du nom complet de Toni Musulin à la seule initiale M. Le spectacle s'intitule simplement Toni M. Il fallait cette réduction pour que se développe tout le talent de l'auteur qui brode une fable de la meilleure encre. C'est au fil de la cavale du protagoniste en fourgon, anti-héros, ou héros de la quotidienneté absolue, que se font jour toutes ses aspirations, ses rêves d'un homme simple comme vous et moi, 11,6 millions d'euros dans le dos, à l'arrière du véhicule, lui ouvrant les portes de tous les possibles. C'est bien cela qui est essentiel, et cette ouverture est en soi suffisante, alors qu'importe la réalité, celle du vol (est-ce bien un vol d'ailleurs ?) du papier monnaie. Peut-être est-ce l'une des raisons pour lesquelles Toni M. se rend à la police, sans l'argent qu'il a abandonné au passage. L'écriture de Gaëtan Vassart, elle, est réellement passionnante ; fluide tout en étant rythmée, elle sait développer et suivre les méandres de l'imagination du personnage jusque dans des sphères doucement poétiques et presque délirantes. Elle fonctionne comme un appel d'air salutaire. D'autant plus salutaire que c'est Gaëtan Vassart, lui-même, qui donne vie au personnage. Comédien accompli à la présence charnelle forte, il a beaucoup travaillé sous la direction de Bernard Sobel qui est venu l'aider sur cette production en tant que collaborateur artistique, il donne ainsi à la personnalité de Toni M. une dimension saisissante dans l'espace apparemment réaliste, qui nous renvoie pourtant à une autres temporalité mêlant passé, présent et futur. Son jeu, lui-même, ne cesse de nous déconnecter de la stricte réalité pour nous mener dans on ne sait quel infernal imaginaire. C'est tout simplement remarquable.

Jean-Pierre Han

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