Les hésitations de "George Dandin"

George Dandin de Molière. Mise en scène d'Hervé Pierre. Théâtre du Vieux-Colombier. Jusqu'au 1er janvier 2015. Tél. : 0825 10 1680.

On le sait depuis longtemps, en tout cas, au moins depuis la mise en scène de la pièce par Roger Planchon il y a déjà plus d'un demi-siècle, en 1958 ; George Dandin est une pièce noire, même à considérer qu'elle fut créée avec des ballets pour le plus grand plaisir du roi commanditaire du spectacle. Une pièce noire écrite à la hâte, en prose – cela n'a jamais constitué un handicap pour Molière, bien au contraire, que l'on se réfère à son Dom Juan –, sans un gramme de fioriture. Tout y est d'une concision extrême. Nous avons donc trois fois la démonstration de l'inanité de toute mésalliance, trois démonstrations entrecoupées de monologues du personnage principal, le richissime paysan Dandin. Quasiment une structure de « Lehrstück » ! Libre aux metteurs en scène qui s'attaquent à cette pièce de nous en proposer une autre lecture – et depuis Planchon, cela a été fait maintes et maintes fois –. Là ne réside pas le problème. Le comédien Hervé Pierre, lui, à qui Muriel Mayette-Holz, l'ancienne administratrice de la Comédie-Française a confié la mise en scène de la pièce de Molière semble cependant avoir opté pour la première solution, celle consistant justement à mettre en exergue la noirceur de cette belle mécanique qu'est George Dandin et à en faire ressortir les propos concernant la question de la mésalliance et même celle de la lutte des classes. Il n'assume malheureusement pas cette option jusqu'au bout, alourdissant inutilement la fable de quelques étranges jeux de scènes et de quelques « ballets » bien dérisoires, sortes de visions cauchemardesques de la situation. Il est vrai que la scénographie à la fois encombrante et tarabiscotée du nouvel administrateur de la maison, Eric Ruf, ne l'aide pas vraiment dans sa tâche. On se retrouve pris entre différents registres de jeu, aucun d'entre eux n'étant par ailleurs exploité à fond. Les comédiens guère à l'aise dans cette situation se demandent ce qu'ils doivent véritablement jouer. Et l'on regrettera par exemple que la relation entre la jeune femme de Dandin, Angélique, interprétée par Claire De La Rüe Du Can et de sa suivante, Claudine, (Pauline Méreuze) n'ait pour ainsi pas été traitée… Dans ce patchwork au rythme linéaire le seul dont la possibilité de jeu est évidente, demeure Jérôme Pouly dans le rôle-titre. On s'en contentera.

Jean-Pierre Han

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