Vain quatuor

Répétition de Pascal Rambert. Théâtre de Gennevilliers T2G. Du 6 au 15 janvier 2015. Tél. : 01 41 32 26 26

Répétition, le titre du dernier spectacle de Pascal Rambert correspond on ne peut mieux à la réalité des choses ; l'auteur-metteur en scène, directeur du Théâtre de Gennevilliers, en effet, se répète à loisir ! On a, avec cette Répétition, comme la redite quelque peu développée de sa Clôture de l'amour qui a connu un immense succès que je ne parviens toujours pas à comprendre, alors que certains vont même jusqu'à parler de poésie à propos de son texte, tout en mettant l'accent sur l'excellence de sa réalisation scénique. Mais passons. On retrouve cette fois-ci le même endroit improbable, transformé en lieu de répétition ; c'est d'ailleurs le même scénographe, Daniel Jeanneteau, qui a géré l'espace, avec une légère variante ou une petite précision puisque c'est un terrain de basket qui s'offre à notre regard et sert de salle de travail. Un espace assez vaste et nu en tout cas pour que puisse se dérouler sans anicroche le jeu à quatre proposé par Pascal Rambert. Avec les deux protagonistes de la Clôture de l'amour, Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, auxquels sont venus s'adjoindre Emmanuelle Béart et Denis Podalydès. De deux à quatre pour ce que l'on peut bien considérer comme une extension de la proposition initiale sachant d'ailleurs que les participants, là aussi, ont tous gardé leurs prénoms. Une manière de bien souligner qu'ils n'interprètent pas des personnages avec leur épaisseur psychologique, qu'ils évoluent entre la fiction et le réel, dans un savant entrelacement ou brouillage des deux, etc., mais cela a comme conséquence pour le spectateur d'être devant des individus qui jouent entre eux – toujours l'histoire de l'entre-soi et de la connivence – et qu'il est, lui, exclu, en tout cas en-dehors de ce qui représenté… Pénible impression. Va donc se jouer, dans tous les sens du terme, puisqu'il est bien question d'une séance de répétition – toujours le théâtre dans le théâtre, le jeu du vrai et du faux décliné à loisir – entre les quatre acteurs censés représenter, quand même, deux comédiennes (Audrey et Emmanuelle), un auteur (Denis) et un metteur en scène (Stan). Avec déclenchement des hostilités, c'est-à-dire de la mécanique dramaturgique, provoqué par l'échange de regard entre l'auteur et une des actrices, Emmanuelle, perçu par l'autre actrice, Audrey, pour parler comme dans la pièce. Ce n'est pas le fameux trio du théâtre de boulevard, mais le quatuor du théâtre subventionné à partir d'un argument-prétexte pour le moins léger ! À partir de là, chacun ira à tour de rôle de son long monologue, au bas mot plus d'une demie heure chacun, où l'on aura droit à tout : aux considérations de Pascal Rambert sur les différences entre générations – sempiternel leitmotiv du théâtre d'aujourd'hui –, sur la condition de l'artiste dans notre société agrémentées d'anecdotes tirées de ses nombreux voyages, ici et là à Odessa, Moscou, Tbilissi ou ailleurs, sur l'état du monde forcément guère brillant et prêt à basculer dans le chaos. Une loghorrée brassant lieu commun sur lieu commun et qui engendre un bel ennui même s'il elle est éructée avec force conviction par le quatuor majeur pourtant de première qualité, de manière presqu'hallucinatoire par Stan notamment, le tout dans des déplacements rectilignes bien tracés, avec des figures géométriques parfaitement ésotériques qualifiées de chorégraphie (signée par le même Pascal Rambert). Seul moment de grâce, au final, lorsqu'apparaît Claire Zeller qui effectue avec ses accessoires, deux cerceaux, un ballon et des rubans, dans le plus grand silence (enfin) quelques figures de gymnastique rythmique. Cela ne saurait sauver un spectacle dont on se demande à qui il s'adresse véritablement.

Jean-Pierre Han

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