Mémoire révolutionnaire revivifiée

Escuela de Guillermo Calderon. Théâtre de la Cité internationale (avec le Théâtre de la Ville) jusqu'au 17 janvier à 20 heures 30. Spectacle en langue espagnole surtitrée. Tél. : 01 42 74 22 77.

Certaines blessures sont toujours longues à guérir, les cicatrices à cautériser. Un quart de siècle après la fin officielle de la dictature au Chili, en 1990, les nouvelles générations qui n'ont pas ou pratiquement pas connu ces noirs moments continuent comme leurs aînés à en être hantés et entendent interroger l'impensable, allant parfois, et avec une parfaite mauvaise foi comme Marco Layera, jusqu'à accuser leurs parents (leurs pères) qui ont pourtant été les premières victimes des fascistes et n'ont eu de cesse de les combattre d'avoir permis voire objectivement accéléré le mouvement menant à une telle situation. Guillermo Calderon, lui, est un peu plus âgé que ces jeunes générations ; né en 1971 il a vécu dix-huit ans sous la férule de Pinochet ce qui est largement suffisant pour en être à tout jamais marqué. Rien d'étonnant qu'il y revienne à sa manière dans ses œuvres théâtrales et notamment dans Escuela où il est question de l'apprentissage à la lutte armée de militants clandestins ayant choisi en toute conscience de se battre contre le régime de Pinochet. Soit cinq personnages, trois femmes et deux hommes encagoulés et chaussés de lunettes noires lorsqu'ils tiennent le rôle d'instructeur, ce qu'ils font à tour de rôle ; ils vont décliner toutes les situations, tous les comportements adaptés à leur lutte, du maniement d'armes à la manière de déjouer une filature en évitant de mettre en danger ses compagnons de combat, etc., en un mot toutes les stratégies de guérilla urbaine. Ces leçons, dans la manière simple et volontairement naïve dont elles sont données et mises en scène oscillent entre le veillée scoute toujours un peu ridicule et une violence latente et décalée qui met le spectateur à distance. C'est bien là l'originalité et l'intelligence de ce travail qui échappe ainsi au piège d'un réalisme qui se révélerait vite insupportable. Cela permet aussi à Guillermo Calderon de donner de l'importance aux quelques cours d'idéologie marxiste qui agrémentent les exercices ; nous revisitons ainsi tous les combats révolutionnaires bien antérieurs à ceux du Chili des années 1970 à 1980. C'est le souffle de l'Histoire révolutionnaire qui nous est bel et bien restitué. À ce jeu agrémenté de quelques chansons de combat proférés mezza voce, les cinq interprètes, Francisca Lewin, Camila Gonzalez, Andrea Giadach, Carlos Ugarte et Luis Cerda, sont parfaits, évoluant tous au même diapason pour nous offrir ce spectacle qui se révèle d'une belle et paradoxale efficacité.

Jean-Pierre Han

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