Claque théâtrale

Slums ! d'après Mike Davis. Mise en scène de Thierry Bedard. Théâtre-Studio d'Alfortville, jusqu'au 14 février 2015, puis tournée. Tél. : 01 43 76 85 56.

Slums ! Avec son point d'exclamation le mot vous gifle le visage ! Sa traduction française – bidonville – est pourtant bien moins violente, sauf à la chanter et à la swinger comme Claude Nougaro, et encore. La violence, puisque violence il y a, c'est tout simplement celle de la réalité qu'il recouvre. Et celle-là, vous ne pourrez pas vous en défaire. Décrite par l'historien et sociologue américain Mike Davis dans Planet of Slums, reprise, relayée et ciselée par Thierry Bedard elle vous saisit à la gorge et ne vous lâche plus. Même si le terme ne revêt pas forcément tout à fait la même signification ici et là, en occident ou en Amérique latine par exemple où une nouvelle forme d'organisation sociale s'y fait jour dans ce que l'on appelle les « villes informelles ». Thierry Bedard n'y va pas par quatre chemins : « c'est certainement le problème le plus important et le plus explosif de ce siècle qui commence…»  écrit-il. Il parle du milliard de personnes qui survivent dans les slums… Son spectacle fait partie du cycle « notoire-la menace » dont il sera le dernier épisode. Une appellation on ne peut plus claire surtout si on veut l'entendre dans son double sens : menace que représente la catastrophe de l'extension des bidonvilles, mais aussi menace de la part de Bedard soi-même envers le spectateur et ceux qu'il interpelle, ce qu'il ne cesse de faire avec talent et douce perversité de cycle en cycle, quel que soit le titre qu'il leur donne : des « pathologies verbales » au « cycle de l'étranger (s) », en passant par la « bibliothèque censurée » ou « l'éloge de l'analphabétisme ». Ce qui se passe sur plateau, réduit à sa plus simple expression car une sorte de grillage enlève toute profondeur de scène (tout en laissant entrevoir, encagée, une immense planisphère – le monde – qui continue de tourner) et projette quasiment les deux intervenants vers les spectateurs, est proprement ahurissant. Ahurissant de force maîtrisée, d'interpellation, d'ironie douloureuse gérée avec un talent inouï par Mélanie Menu accompagnée par Jean Grillet à la guitare et sur une musique de Rija Randrianivosoa – car Slums ! est aussi un spectacle musical. Impossible d'échapper à son emprise et à son discours, et c'est tant mieux.

Jean-Pierre Han

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