Pour Antoine Vitez

Le Théâtre des idées d'Antoine Vitez. Gallimard éditions (collection Pratique du théâtre). Anthologie proposée par Danièle Sallenave et Georges Banu. 608 pages, 26,50 euros. La Tétralogie d'Ahmed d'Alain Badiou. Babel. 624 pages, 11,70 euros. Sept saisons de Florence Delay. Gallimard éditions. 374 pages, 26 euros.

Quel plus bel hommage pour les 25 ans de la disparition brutale d'Antoine Vitez que la publication dans la célèbre collection « Pratique du théâtre » chez Gallimard, de l'ouvrage déjà paru dans l'urgence en 1991 un peu plus d'un an après sa mort, Le Théâtre des idées. Danièle Sallenave et Georges Banu, les maîtres d'œuvre de cette anthologie avaient voulu donner au lecteur « l'essentiel des thèses d'Antoine Vitez sur l'art du théâtre » le plus rapidement possible. Cela avait donné un fort et très précieux volume de 600 pages publié dans une collection, « Le Messager », n'accueillant pratiquement pas des gens de théâtre, mais des écrivains, des philosophes, des essayistes… essentiellement étrangers. Le livre de Vitez s'est retrouvé épuisé au bout de quelques années. Retour donc chez les praticiens du théâtre avec cette réédition d'autant mieux venue que Vitez appréciait la collection « Pratique du théâtre » et qu'aussi, c'est, d'une certaine manière, le placer dans l'exacte lignée de Jacques Copeau, Louis Jouvet et Jean Vilar… dans une tradition de la pensée française concernant, entre autre, le théâtre. Le livre qui est, à peu de choses près (il y a eu peu d'ajouts) le même que celui de 1991, montre un Antoine Vitez, penseur du théâtre, bien sûr, mais surtout homme de lettres, poète, traducteur… grand lecteur, incontestablement. N'oublions pas aussi qu'il fut un temps secrétaire d'Aragon. On pourra même ajouter à ses qualités celle de photographe, alors qu'il ne dédaignait pas non plus de griffonner des dessins, tout en continuant à cultiver l'art épistolaire…

Le hasard faisant bien les choses signalons deux hommages spontanés (c'est-à-dire sans volonté de commémorer quoi que ce soit) à Vitez. Ainsi Alain Badiou dans la préface à la réédition en poche de sa Tétralogie d'Ahmed parle avec beaucoup d'émotion retenue de son ami : « Cette mort, dont encore aujourd'hui il m'arrive, pour mieux vivre, de douter, m'éloigna du théâtre un grand moment »… Enfin je renvoie volontiers au si beau livre de Florence Delay, Sept saisons, où elle rend compte de quelques créations d'Antoine Vitez, en toute indépendance d'esprit, ne ménageant pas ses critiques le cas échéant, mais toujours en véritable empathie envers celui qu'elle considère comme l'une des grandes figures théâtrales de notre temps.

Jean-Pierre Han

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