Ouverture ratée

FESTIVAL D'AVIGNON

Le Roi Lear de Shakespeare. Mise en scène d'Olivier Py. Cour d'honneur du palais des papes. Jusqu'au 13 juillet à 22 heures. Tél. 04 90 14 14 14.

On comprend aisément – c'est la moindre des choses – qu'Olivier Py ait voulu marquer avec éclat son entrée dans la Cour d'honneur du Palais des papes sous sa propre direction. On se souvient qu'il avait généreusement et habilement laissé la place l'année dernière à un décevant Prince de Hombourg mis en scène par Corsetti. Il était normal qu'il soit lui-même à la manœuvre cette année. Malheureusement en matière de coup d'éclat c'est plutôt, sous la chaleur avignonnaise, un coup d'épée dans l'eau. On sent tout au long de ce Roi Lear la volonté trop délibérée de « faire éclat ». Alors que point n'est besoin qu'il force son talent pour maîtriser les choses, songeons pour ne prendre qu'un exemple à son fort et beau travail sur le Soulier de satin jadis ; cette fois-ci ne restent que des effets plus ou moins pertinents (Cordelia ballerine en tutu presque muette tout au long du spectacle, Edmond le fils illégitime du comte de Gloucester tout de cuir vêtu en motard arrivant sur scène avec son engin, entrées et sorties de personnages dans une armoire, comme chez Kantor, etc.) et sans… effet sur la chair même de la pièce de Shakespeare. Et pourtant de chair il est bien question dans la mise en scène avec la nudité très légitime mais appuyée de l'autre fils du comte de Gloster, Edgard, et celle, un peu moins prévue, de Lear en personne… Mais ce n'est pas de cette chair dont nous déplorons l'absence… Certes les effets surgissent d'idées parfois pertinentes du signataire du spectacle qui a traduit lui-même ou adapté au plus près le texte de Shakespeare non sans mérite et talent (l'édition du texte, avec force notes chez Acte Sud-Papiers est intéressante), mais ces idées trouvent une résolution théâtrale peu convaincante. On comprend bien la volonté du metteur en scène de faire vite et fort, mais c'est au détriment d'une réelle proposition et analyse des enjeux de la représentation dont nous n'avons dès lors que le squelette et les slogans inscrits en lettres lumineuses : « Ton silence est une machine de guerre » et « rien ». Silence et néant pour dire l'état du monde, soit, mais ici les signes théâtraux de Py sont plutôt bavards et son néant bien peuplé. Ainsi l'espace volontairement dégagé par Pierre-André Weitz finit quand même par devenir encombrant avec les nombreuses manipulations des éléments scéniques qui lui sont chers… le son est fracassant et les comédiens jouent fort mal de leur sonorisation. Jean-Damien Barbin que l'on apprécie par ailleurs, ici dans le rôle du fou, sature jusqu'à en devenir incompréhensible. Tout ce beau monde s'agite et crie, et le roi Lear, le pourtant excellent comédien Philippe Girard est bel et bien perdu (lui et non pas le personnage) au milieu de tout cela ne sachant comment se sortir de la situation dans laquelle on l'a fourré. On assiste alors au démantèlement ou pour le dire avec plus d'aménité à la disparition d'un chef d'œuvre, celui de Shakespeare.

Jean-Pierre Han

Le texte de la pièce est édité chez Actes Sud-Papiers, 104 pages, 13 euros.

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