Bataille féminine quotidienne

Festival d'Avignon Off

Une chambre à soi de Virginia Woolf. Mise en scène de Sylvie Mongin-Algan. Théâtre GiraSole à 15 h 40. Tél. : 04 90 89 82 63

À ce degré d'intelligence et de force délicate, Une chambre à soi, mis en scène par Sylvie Mongin-Alcan et interprété par Anne de Boissy, devrait convaincre même les plus tenaces des machistes si tant que ces derniers possèdent encore une certaine capacité d'appréhender ce qui leur est si étranger et les effraie tant. Le titre du spectacle reprend celui de l'essai de Virginia Woolf paru en 1928 et dont une autre appellation, plus explicite mais moins poétique, est Femmes et le roman. Reprenant quelques-unes de ses interventions, notamment deux d'entre elles prononcées dans deux collèges féminins de l'université de Cambridge, sur la question de la place des femmes écrivains dans l'histoire de la littérature, Virginia Woolf se montre d'une étonnante pugnacité sur son sujet, d'une lucidité sans concession qui trouve écho dans une écriture efficace et d'une belle limpidité. Le sujet, disons-le d'emblée, dépasse très largement la petite sphère de la littérature pour entrer dans celle de la société ; luttant pour le droit des femmes à l'égalité et à la liberté, Virginia Woolf vécut sa vie de femme au diapason de ses convictions. Par-delà les années Sylvie Mongin-Algan marche d'un même pas et est en totale connivence avec elle. Tout dans son travail de plateau, de la direction d'acteur, en l'occurrence une actrice, à la gestion de l'espace dans l'intéressante scénographie de Carmen Mariscal (toujours une femme !) le signifie. Quand on aura dit que l'interprète est Anne de Boissy toute de grâce et de délicate rigueur non dénués de malice et d'humour, on aura compris qu'au moins, au plan théâtral et avec ce spectacle, la compagnie les Trois-Huit gagne son combat.

Jean-Pierre Han

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