Un livre des métamorphoses

Princesse Vieille Reine de Pascal Quignard, mise en scène et interprétation de Marie Vialle. Théâtre du Rond-Point, à 20 h 30. Jusqu'au 27 septembre. Tél. : 01 44 95 98 21.

Ce n'est pas faire injure à Pascal Quignard que d'affirmer que son texte Princesse Vieille Reine ne serait pas ce qu'il est s'il n'était porté à la scène comme il l'est aujourd'hui par Marie Vialle. Princesse Vieille Reine est-il pour autant une pièce de théâtre alors même que son auteur parle clairement de conte à son propos ? Peu importe en cette époque de transgenres textuels… On remarquera tout de même qu'un certain nombre de didascalies parsèment le livre paru aux éditions Galilée. À croire qu'ils ont bel et bien été écrits pour la comédienne avec laquelle Pascal Quignard n'a cessé de dialoguer, de retravailler certains passages dans un jeu très sérieux d'aller et retour avec elle. Une « méthode » qui a fait ses preuves si on veut bien considérer le parcours commun des deux intéressés depuis plus d'une dizaine d'années maintenant. Un parcours jalonné par deux autres propositions scéniques sur Le Nom sur le bout de la langue en 2005 et Triomphe du temps en 2006. Voici donc un troisième opus, prélude, sans nul doute, à d'autres œuvres élaborées selon le même schéma. Pourquoi non puisque Pascal Quignard creuse toujours le même sillon, celui de la recherche des origines ? Ainsi composée et interprétée, chaque pièce s'avère être une sorte de variation musicale autour d'un même motif, d'une même thématique. D'un livre à l'autre, et dans Princesse Vieille Reine, d'un conte à l'autre (il y en a cinq) la forme est modulée de subtile manière. Mais c'est bien un livre des métamorphoses que nous offre cette fois-ci Pascal Quignard, celles qu'opère le temps et que l'on retrouve magnifiquement matérialisées sur le plateau habité par Marie Vialle dans la scénographie de Chantal de la Coste qui a également créé les costumes, superbes robes de… princesses changeant au fil des contes. Ainsi fait, Pascal Quignard et Marie Vialle domptent le temps et l'espace. La comédienne-metteuse en scène vit les métamorphoses et les joue au cœur des frémissements de son corps, dans les intonations les plus subtiles de sa voix, alors que ses gestes et ses mouvements nous renvoient tout naturellement à un autre texte de Pascal Quignard, L'Origine de la danse…, la danse qui, comme il le dit, « est un art en amont de l'art »… Nous sommes ici, effectivement en amont de l'art, dans un mouvement que l'auteur qualifie de sonate, nous renvoyant une fois de plus à une forme musicale. Et c'est tout simplement superbe.

Jean-Pierre Han

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