Une pâle caricature de Richard III

Richard III de Shakespeare. Mise en scène de Thomas Jolly. Odéon-Théâtre de l'Europe. Jusq'au 13 février. Tél. : 01 44 85 40 40.

Fort de son succès surdimensionné d'Henry VI offert dans son intégralité sur pas moins de dix-huit heures, Thomas Jolly, nouvelle coqueluche du petit monde théâtral hexagonal, présente la suite de l'histoire, c'est-à-dire Richard III, sans oublier de faire quelques petits rappels de l'épisode précédent (la suite du feuilleton). Le moins que l'on puisse dire c'est que son affaire ne fonctionne pas vraiment. Dans le meilleur des cas on pourra alléguer que son nouveau spectacle qui s'étire sur 4 heures 20 est d'un inintérêt total, sinon force est de reconnaître que le résultat est proprement affligeant. C'est d'autant plus flagrant que le jeune metteur en scène et son équipe ont voulu réaliser leur travail dans un grand et spectaculaire déploiement scénique, seule intention que l'on peut discerner dans cette représentation, car pour ce qui est de la ligne dramaturgique de l'ensemble, on cherche encore. Hurler sur tous les tons que Richard III est un monstre ne suffit guère pour asseoir une quelconque vision de la pièce de Shakespeare, pas plus que cela ne rend effectivement le personnage monstrueux. D'autant que Thomas Jolly s'est, en plus de l'adaptation de la pièce (avec Julie Lerat-Gersant), de la mise en scène, de la scénographie (qui, avec ses échafaudages, fait irrésistiblement penser à celle de Jan Pappelbaum réalisée pour le travail de Thomas Ostermeier sur la pièce), de la lumière (en coréalisation avec Antoine Travert et François Maillot), Thomas Jolly donc s'est attribué le rôle-titre, et qu'à l'évidence il n'a ni les épaules assez solides, ni le charisme pour réellement le prendre en charge. Demeure sur le plateau un frêle jeune homme se contorsionnant dans tous les sens (avec grands jeux de mains qui finissent par être agaçants), et surtout, hélas, une diction qui se voudrait lyrique (le fameux chant des grands acteurs), mais qui est plutôt maladroite, encore que sur ce plan, il y a une parfaite « cohérence » avec le reste de la distribution. On pouvait penser que, même traduite (d'ailleurs très bien par Jean-Michel Déprats), la langue de Shakespeare conserverait la marque de sa nature poétique, c'était sans compter sur la maladresse des uns et des autres qui la maltraitent à qui mieux mieux. Sur la scène balayée par les innombrables projecteurs à faisceau « led » Thomas Jolly se rêve en rock star gothique. La scène qui clôt la première partie du spectacle est de ce point de vue parfaitement pathétique, même si elle parvient à faire frémir d'aise les pré-adolescents attardés présents dans la salle. Mais pour ce qui est du contact avec le public, Thomas Jolly n'y parvient pas comme l'attestent les inévitables moments où il tente en vain de le faire réagir. Un travail bâclé (dans sa pensée, s'il y en a une), sommaire au point d'adopter la même géométrie dans tous les déplacements, avec pour couronner le tout des costumes hideux (c'est l'un des seuls postes que Thomas Jolly n'assume pas), surtout ceux des femmes, notamment celui de Lady Anne (veuve d'Henry VI et femme de Richard III) en robe moulante ultra courte, et celui de la reine Elizabeth (femme d'Edouard IV, le frère de Richard) engoncée dans une robe fourreau qui l'oblige à adopter une démarche de geisha…

Jean-Pierre Han

Commentaires

1. Le samedi 16 janvier 2016, 20:20 par Jean Monamy

Merci de ramener Thomas Joly à sa juste dimension de paresseux tape-à l'oeil. Juste pour ne pas déranger les autres spectateurs, j'avais attendu le premier noir du deuxième acte (regrettant de n'avoir pas suivi mon instinct qui me recommandait de partir dès la fin du I) pour quitter ce Henry VI, laid et complaisamment offert aux préadoslescents attardés qui ont trouvé "ça" génial, d'où son succès surdimensionné.

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