Confirmation de talent

Le Chant du cygne et L'Ours d'Anton Tchekhov. Mise en scène de Maëlle Poésy. Studio de la Comédie-Française. Jusqu'au 28 février à 18 h 30. Tél. : 01 44 58 15 15.

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La mise en scène par la jeune Maëlle Poésy des deux courtes pièces de Tchékhov, Le Chant du cygne et l'Ours, rapidement écrites par l'auteur bien avant qu'il ne s'attaque à ses chefs-d'œuvre, était attendue en raison de l'attention que le monde du théâtre lui porte désormais après son succès (amplement mérité) de Candide, si c'est ça le meilleur des mondes… et de la programmation de son prochain spectacle au festival d'Avignon cet été. Notre attente aura été comblée car la réussite de ce petit spectacle est pleine d'enseignements ; on y retrouve toutes les qualités qui étaient apparues dans Candide. Dessin dramaturgique élaboré, tout comme l'adaptation du texte français proposé par Georges Perros et Génia Cannac (heureux de les revoir à l'affiche !) en compagnie de Kevin Keiss, clairement énoncé et tracé, grâce notamment à une scénographie signée avec les costumes par Hélène Jourdan, une direction d'acteurs précise et efficace, une intensité rythmique de l'ensemble bien gérée, dans une mise en scène qui sait jouer de sa liberté sans effets ostentatoires, bref, tout y est, et l'on attend la suite avec impatience. Le dessin dramaturgique ? D'abord Maëlle Poésy présente les deux actes en continuité, dans le même espace scénographique, comme mis en abîme dans Le Chant du cygne, puisqu'il s'agit du décor dans lequel un vieil acteur vient de jouer avant de s'enivrer la représentation terminée et de se retrouver au milieu de la nuit et de ses fantômes. Dialogue avec le souffleur surgi du dessous de la scène sur ce qui fait l'unité des deux pièces, le temps qui passe, les opportunités de la vie que l'on n'a pas pu ou su saisir… C'est joué avec une certaine mélancolie par Gilles David à qui Christophe Montenez donne dans tous les sens du terme la réplique (le vieil acteur se mettant à ré-explorer les grands rôles du théâtre de Shakespeare…). On retrouve le même Gilles David en valet de chambre d'une jeune veuve, propriétaire terrienne qui a fait vœu de renoncer au monde et à ses joies depuis la mort de son mari. Il interprète ce rôle avec une réelle et communicative gourmandise face à la toujours séduisante Julie Sicard. Cette fois-ci la scénographie, la même cuisine ordinaire, éclairée par Jérémie Papin qui a sans doute été voir du côté du photographe belge Harry Gruyaert, est à appréhender directement, sans donc aucune mise en abîme même si elle fait lien avec celle de « l'étude dramatique » qu'est Le Chant du cygne. Tout cela pour qu'enfin, avec le surgissement d'un « encore jeune » propriétaire terrien venu réclamer une dette que le défunt lui devait, la plaisanterie ou la farce en un acte prenne tournure. L'affrontement entre Julie Sicard et Benjamin Lavernhe est mené tambour battant. À l'évidence, Maëlle Poésy, on l'avait déjà constaté, sait faire bouger ses comédiens, même les plus aguerris comme Gilles David et Julie Sicard et maîtrise déjà son art.

Jean-Pierre Han

légende photographique : Gilles David et Christophe Montenez. © Simon Gosselin

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