La langue de Novarina magnifiée par des acteurs haïtiens

L'Acte inconnu de Valère Novarina. Mise en scène de l'auteur avec Céline Schaeffer et la collaboration artistique de Guy Régis Jr. Maison des Métallos. Jusqu'au 28 mai. Tél. 01 47 00 25 20.

C'est une étrange chose que la « machine » novarinienne, cette « pompe à dire » comme la qualifiait avec justesse et drôlerie le regretté Michel Corvin. Dans l'Acte inconnu, plus peut-être qu'ailleurs. Voilà que réduit à 1 heures 35 sur les 2 heures 40 initiaux (ceux donnés en 2007 dans la Cour d'honneur du Palais des papes dans une mise en scène de l'auteur), cet Acte trouve une nouvelle et très forte saveur. Le temps, il est vrai – près de dix ans ont passé – a fait son œuvre, et la langue novarinienne tout en nous devenant plus familière, parle aussi d'emblée aux jeunes générations qui la découvrent. On a encore pu le constater l'été dernier, à Avignon toujours, alors qu'était créé le dernier opus de Novarina, Le Vivier des noms. Mais cette fois-ci il y a d'abord et surtout le fait que le texte a traversé les mers, a été se revivifier en Haïti. À l'invitation du metteur en scène, lui-même écrivain et traducteur en créole de Camus, Proust ou Koltès, Guy Régis Junior, Valère Novarina et Céline Schaeffer (qui co-signe la mise en scène) ont été travailler en Haïti avec les comédiens de la compagnie de Guy Régis Junior, Nous Théâtre. Le résultat est aussi étonnant que convaincant. Les acteurs, chacun dans son registre particulier, Edouard Baptiste, Bedfod Valès, Jenny Cadet, Anyès Noël, Jean-Marc Mondésir, Ruth Jean-Charles et le musicien Finder Dorisca, sont d'emblée dans leurs personnages, c'est-à-dire de plain-pied dans la langue et l'univers de Novarina. Tous ici donnent corps à la langue de Novarina. Ils sont Le Coureur de Hop, le Contresujet, l'Enfant à la diable, le Chantre… Il n'est pas jusqu'à Edouard Baptiste (le Coureur de Hop) qui ne nous évoque dans sa manière d'habiter, sinon le temps, du moins le plateau, Daniel Znyk disparu au moment de la création française… Car c'est aussi le prodige de ce spectacle qui, tout en demeurant d'une parfaite singularité, nous renvoie à notre mémoire théâtrale de la création. Pour notre plus grand plaisir, et même si mise en scène, scénographie, peintures ont changé, mais toujours dans le même esprit. Nous nous retrouvons en terre connue et inconnue tout à la fois dans une sorte d'heureux et paradoxal déplacement. Créé en septembre dernier au Théâtre de l'Union de Limoges que dirige Jean Lambert-wild pour le Festival des francophonies, ayant tribune une dizaine de jours aux Métallos (belle idée de son directeur Philippe Mourat que de laisser des créneaux de liberté dans sa programmation de saison dont profite cet Acte inconnu), le spectacle mériterait amplement de voyager un peu dans notre hexagone.

Jean-Pierre Han

L'Acte inconnu de Valère Novarina. Édition de Michel Corvin. Gallimard (Folio Théâtre 117). 2009.

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