Une belle leçon théâtrale et politique

AVIGNON OFF

Tous contre tous d'Arthur Adamov. Mise en scène d'Alain Timar. Théâtre des Halles à 11 heures. Tél. : 04 32 76 24 51

Si la volonté de parler du monde et des problèmes qui l'accablent avec notamment la montée de l'extrême droite et de ses relents fascisants parcourt bon nombre de spectacles du Festival, c'est sans aucun doute vers une pièce écrite voilà près de 65 ans, en 1952 plus exactement, qu'il faut se tourner pour être pleinement convaincu de l'intelligence et de l'efficacité d'un tel propos. Cette pièce, heureusement exhumée par Alain Timar, est l'œuvre d'Arthur Adamov, le grand oublié – même par les universitaires – d'un trio dont les deux autres complices, eux aussi venus d'« ailleurs », c'est-à-dire de l'étranger, ont pour noms Samuel Beckett et Eugène Ionesco. On pourra toujours s'interroger sur les raisons d'une telle mise à l'écart, l'une d'entre elle ayant sans doute à voir avec l'engagement politique de l'auteur auprès du PCF puis de mouvements d'extrême-gauche après 1968. Le résultat est là dans la pièce que met en scène et présente Alain Timar en coréen avec seize comédiens issus de l'Université des Arts e Corée à Séoul qui a produit le spectacle : enfin une œuvre d'un véritable écrivain qui s'appuie sur une non moins véritable conscience et analyse politique, conscience et analyse qui manquent singulièrement dans la majorité des autres propositions sur le sujet. La pièce, Tous contre tous, sous la houlette d'Alain Timar n'a pas pris une ride, bien au contraire. Elle est revivifiée par une distribution talentueuse qui fait preuve d'une belle rigueur et maîtrise de son art. En une série de tableaux qui s'enchaînent à un rythme cadencé Adamov démonte les mécanismes d'un engrenage infernal, celui qui se met (qui est mis) en place dans un pays totalitaire alors qu'en pleine crise économique les dirigeants rejettent la responsabilité du chômage sur les réfugiés. Une "argumentation" trop bien intégrée par la population. Le propos est d'autant plus efficace qu'à son habitude Adamov parvient à tisser dans sa fable la trame d'une histoire intime à celle de la « grande » histoire. Rythmé et pour ainsi dire dirigé par un musicien présent sur scène « (Young Suk), au centre du plateau juste derrière le grand carré de jeu, le spectacle se déroule de manière rigoureuse et impitoyable. C'est simplement admirable.

Jean-Pierre Han

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