Jeune metteur en scène à suivre

Erzuli Dahomey, déesse de l'amour de Jean-René Lemoine. Mise en scène e Nelson-Rafaell Madel. Théâtre 13/Seine. Jusqu'au 23 octobre à 20 heures. Tél. : 01 45 88 16 30.

Nelson-Rafaell Madel, s'il est jeune, n'en a pas moins une certaine expérience du plateau ; il a travaillé en tant qu'assistant auprès de metteurs en scène comme Claude Buchvald, Pierre Guillois ou encore Marie Ballet, et il a été le maître d'œuvre de trois spectacles. Il travaille au sein d'une compagnie et est membre fondateur d'un Collectif (la Palmera)… Un beau et copieux début de curriculum vitae. Depuis l'année dernière il peut même ajouter une ligne à son palmarès, puisqu'il a reçu le Prix Théâtre 13 des Jeunes metteurs en scène. Le Théâtre 13 l'a donc tout naturellement reprogrammé cette saison. Le moins que l'on puisse dire c'est que le jeune homme n'a pas froid aux yeux, et surtout a plutôt le jugement sûr en ce qui concerne les textes qu'il met en scène. Il y eut notamment en 2014 la pièce de José Pliya, Nous étions assis sur le rivage du monde. Pas forcément facile à monter. Il a choisi cette fois-ci la superbe œuvre de Jean-René Lemoine, Erzuli Dahomey (déesse de l'amour) encore moins évidente à mettre en scène avec un distribution de sept comédiens. Réduite à 1 h 30 (contre les 2 h 30 lors de la création par Éric Génovèse à la Comédie-Française) ; pas forcément une mauvaise idée pour rendre plus lisible cette pièce singulière qui mêle différents registres de jeu, dans une intrigue qui défie les lois du réalisme, le tout, comme souvent chez Jean-René Lemoine dans une langue flamboyante. Nelson-Rafaell Madel, de ce point de vue, s'en tire plutôt bien : il parvient à faire entendre l'admirable voix de l'auteur, ce qui est bien le principal. À l'évidence il a du savoir-faire et gère admirablement bien l'espace. Toutefois sa direction d'acteurs (son choix de distribution ?) laisse quand même à désirer. Le spectateur ne saisit pas très bien le registre de jeu des comédiens, à la limite de la caricature quand elle n'y tombe pas pour l'interprète principale, pourtant bonne comédienne, Emmanuelle Ramu, chargée d'incarner une veuve retirée dans une petite commune et qui apprend soudainement la mort de son fils aîné avec lequel elle n'a jamais eu de véritable relation. Même remarque pour les jumeaux (Claire Pouderoux et Adrien Bernard-Brunel) pas vraiment à l'aise, alors que le reste de la distribution mène énergiquement la pièce avec beaucoup plus de justesse. Il faut cependant malgré ces réserves rester attentif à l'évolution du parcours de ce jeune metteur en scène.

Jean-Pierre Han

admin