Descente aux enfers

Disgrâce de J.M. Coetzee. Mise en scène de Jean-Pierre Baro. Théâtre national de la Colline, jusqu'au 3 décembre à 20 h. Puis tournée. Tél. : 01 44 62 52 52.

Il est au moins un point sur lequel tout le monde s'accordera : le livre de J.M. Coetzee, Disgrâce, est d'une réelle et forte beauté crépusculaire. C'est en fait la description de l'Afrique du Sud de l'après apartheid dont il est question, une description impitoyable et d'une terrifiante noirceur d'un pays malade, en proie à la violence avec ses deux communautés irréconciliables à jamais. Le talent de Coetzee réside dans sa manière abrupte de mettre au jour l'extrême complexité du problème à travers sa fable nouée autour de son personnage principal, David Lurie, un homme blanc d'un autre temps totalement dépassé par les événements et qui, après une liaison avec une de ses étudiantes, et pour échapper au jugement du conseil de discipline de son université, s'en va vivre auprès de sa fille où sa descente aux enfers se poursuivra, de disgrâce en disgrâce. Le livre écrit au crépuscule du dernier siècle (1999), est considéré à juste titre comme son œuvre majeure. Jean-Pierre Baro, le metteur en scène du spectacle ne s'y est pas trompé. Là, en revanche où on ne le suivra pas, c'est lorsqu'il considère que la langue de l'auteur est théâtrale, s'autorisant du fait que dans son roman Coetzee alterne monologues et dialogues. Un dialogue romanesque n'a jamais produit un dialogue théâtral, et même s'il faut reconnaître à Jean-Pierre Baro et à Pascal Kirsch l'honnêteté de leur travail d'adaptation, le compte n'y est pas. C'est, du coup, le travail de plateau qui s'en ressent. Dans son déroulé d'abord où l'alternance entre monologues (adresse au public) et dialogues n'est pas toujours perceptible, et dans la manière dont les comédiens tentent de s'approprier les personnages. Pierre Baux notamment qui peine à faire vivre son personnage de David Lurie, comme en recherche constante, avec sa diction discontinue, d'un véritable souffle. C'est un homme décharné que l'on nous présente à l'image de l'ensemble du spectacle qui manque paradoxalement de chair, et ce ne sont pas les quelques mouvements des uns et des autres (les incessants déshabillages de la première partie) qui peuvent donner le change. Dommage car le travail est probe, le reste de la distribution, Jacques Allaire en tête, est solide et souvent juste.

Jean-Pierre Han

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