Un travail cousu main

Hôtel Feydeau d'après Georges Feydeau. Mise en scène de Georges Lavaudant. Théâtre de l'Europe-Odéon, à 20 heures. Tél. : 01 44 85 40 40.

Les choses et l'esprit de notre petit monde théâtral étant ce qu'ils sont, on ne cessera jamais de s'étonner que des artistes connus et reconnus pour leur travail dans de grandes institutions publiques puissent à ce point être attirés, voire fascinés par le vaudeville et continuent à se pencher sur l'œuvre de Labiche et de Feydeau. Ainsi de Françon, de Nordey et de quelques autres ; on rappellera utilement d'ailleurs que Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent sont jadis entrés avec fracas dans l'univers théâtral avec une décapante Affaire de la rue de Lourcine de Labiche, que le grand Peter Stein (tout comme le non moins grand Klaus Michael Grüber) mit également en scène avant de regoûter à l'univers de l'auteur avec le Prix Martin du même Labiche… Brefs exemples que l'on pourrait compléter à loisir pour en arriver à Georges Lavaudant dont on se souvient encore de son travail sur Le Chapeau de paille d'Italie (1993) ou encore sur Le Fil à la patte (2001) présenté au théâtre de l'Odéon qu'il dirigeait alors et où il nous donne cette fois-ci, en invité, Hôtel Feydeau, un montage de petites pièces – parmi les dernières qu'il ait écrites – du vaudevilliste disparu il y a près d'un siècle en 1921. Plutôt que de nous restituer ces petites pièces les unes après les autres, Georges Lavaudant a eu l'heureuse idée de les recomposer dans un ensemble qu'il a voulu cohérent. Des motifs de On purge bébé pour ne prendre que cet exemple – la pièce tout comme les autres est cassée, fragmentée –, reviennent ainsi de temps à autre au cœur du spectacle, alors que les intermèdes – il en fallait bien quand même pour l'enchaînement des pièces – sont dansés par l'ensemble de la troupe avant que les nouveaux rôles ne soient répartis. Car tous (ils sont huit pour mener la sarabande) passent d'un rôle à un autre, mais conservent néanmoins une certaine identité. Beau mélange dans ce qui apparaît comme un travail de troupe où l'on prend un plaisir infini à découvrir André Marcon tel qu'on ne l'a jamais vu, Manuel Le Lièvre dans ses multiples métamorphoses, en tête de liste pour mener leurs camarades de plateau – Gilles Arbona, Astrid Bas, Benoît Hamon, Grace Seri et Tatiana Spivakova – tous au diapason et dans le délire le plus fou. Car si la machine met un temps avant de démarrer et de trouver son rythme, une fois celui-ci trouvé rien ne l'arrêtera jusqu'au bouquet final ; sa montée en puissance est maîtrisée par le metteur en scène qui a réglé tous les détails au millimètre près. Du cousu main.

Jean-Pierre Han

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