La bonne nouvelle : celle d'un beau spectacle

La Bonne nouvelle de François Bégaudeau. Mise en scène de Benoît Lambert. CDN La Commune, Aubervilliers. Jusqu'au 21 janvier. Tél. : 01 48 33 16 16.

Ne ratez pas un spectacle d'une rare justesse et d'une irrésistible drôlerie au théâtre de La Commune d'Aubervilliers : La Bonne Nouvelle, conçu par Francois Begaudeau et Benoît Lambert. Cinq personnages, cinq parcours de réussite professionnelle au plus haut sommet de l’État ou de grandes entreprises privées du CAC 40, racontent leur ascension puis leur effondrement, dans notre société libérale totalement orientée vers la performance au travail : réussir, réussir à tout prix, toujours, dans tous les domaines. Ce que raconte la pièce, ce qu’elle met littéralement en jeu, c’est l’aliénation générée par ce libéralisme, religion nouvelle, sa folie, cette absurdité, dans laquelle elle nous entraîne. L’effondrement, la crise magnifique qui révèle les personnages à eux-mêmes, qui ouvre leur gouffre dans lequel ils s’abîment sans s’en rendre compte, est une prise de conscience libératrice. Gouffre ouvert par l’impératif de la transparence, de la cohésion, d’un collectif imposé au travail, qui n’a plus rien à voir avec la beauté d’un espace public. La plus grande partie des paroles de ce beau spectacle s’adresse au public, l’interpelle, l’inclue, réellement, mais sans sérieux, sans artifice et sans didactisme. La folie joyeuse dans laquelle nous entraînent les personnages prend les couleurs d’une danse enfantine, à l’image des ballons qui, tels ceux des goûters d’anniversaire dans les banlieues huppées d’aujourd’hui, tombent du ciel et envahissent la scène comme autant de nouvelles possibilités de jeu. L'écriture est ici extrêmement fine et intelligente : pas de démonstration, pas de théorie, mais du théâtre, du théâtre partout. La farce est féroce, mais le rire qu'elle provoque est un scalpel qui nous enlève joyeusement nos illusions et nos erreurs, avec une très grande tendresse. 
La mise en scène de Benoît Lambert, ainsi que le jeu des comédiens qui l’accompagnent, Emmanuel Vérité, Christophe Brault, Anne Cuisenier, Elisabeth Hölzle, Pierric Plathier, Géraldine Pochon, font de cette histoire une série d’éclats de rire qui nous laissent songeurs. On pense à cette formule de Simon Abkarian lors d’une cérémonie des Molières : « Le théâtre est le dernier lieu où l’on a le droit à l’erreur. » L’intelligence de l’écriture comme de la mise en scène est de ne jamais dénoncer mais de nous présenter une pièce où la théâtralité l’emporte, où les comédiens nous emportent, où cette force du rapport au public rappelle l’importance de l’espace public, comme espace de représentation, nous suggérant peut-être par là, d’un geste purement poétique, qu’il s’agit de remplacer le libéralisme par la liberté, et que cette liberté est avant tout celle de jouer, de rire, de ne rien faire, de rêver. Une liberté d’errer.

Julie Grimoud

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