Chronique scénographique de Jean Chollet

Paysages pour Intérieur

Intérieur de Maurice Maeterlinck. Mise en scène de Nâzim Boudjenah. Studio-Théâtre de la Comédie-Française à 18 h 30, jusqu'au 5 mars. Tél. : 01 44 58 15 15.

Écrite « pour marionnettes » en 1834, cette pièce de Maurice Maeterlinck s’inscrit dans un refus du réalisme au cœur d’un courant symboliste. Son histoire tient dans l’annonce du décès d’une jeune fille à sa famille, retrouvée noyée, par un vieil homme et un étranger. Une mission délicate, passant pour eux en préalable, par une observation des occupants de la maison familiale, qui ouvre sur un tragique du quotidien, placé aux frontières du conscient et de l’inconscient, entre la vie et la mort, dans une expression poétique. Outre les options d’interprétation, cette œuvre suscite un climat scénique signifiant, qui accompagne les mots et prolonge l’imaginaire des spectateurs. C’est à cet objectif auquel se sont attachés trois concepteurs, pour cette nouvelle version de Intérieur présentée au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, dans la mise en scène de Nâzim Boudjenah. Marc Lainé, scénographe, metteur en scène et auteur (par ailleurs), Stéphan Zimmerli, graphiste et musicien, et Richard Le Bihan, expert en animation vidéo. Plus que le respect à la lettre des didascalies de l’auteur, ils se sont attachés à en préserver l’esprit, dans la fusion de leurs pratiques respectives. Tout d’abord en tenant compte logiquement des possibilités offertes par le lieu de représentation, sans cage de scène ni machinerie, avec une ouverture de 6,52 m sur un plateau de 50 m2 muni de trappes. Mais également en s’inspirant d’une référence traditionnelle avec le théâtre nô et l’estampe japonaise qui dessine à l’encre l’environnement paysager naturel de la maison, dont la texture de bois travaillée percée d’une large baie vitrée permet l’observation de la vie de la famille, encore sereine avant leur connaissance du décès. Celle-ci est reflétée à partir de vidéos parfaitement maîtrisées, qui semblent parfois irréelles, tout en constituant une animation de l’espace en relation avec le jeu des comédiens. L’ensemble contribue, sous les lumières de Thomas Veyssiere, à nourrir à travers ses flottements troublants et son étrangeté une relation visuelle et sensorielle suggestive en écho avec l’univers de Maeterlinck. Une exposition de dessins et maquettes préparatoires de Stéphane Zimmerli, permettant d’appréhender la genèse du projet est présentée au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, pendant la durée des représentations.

Jean Chollet

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