Festival d'Avignon off

Hommes et bêtes

La Place du chien de Marine Bachelot Nguyen. Le Nouveau Ring jusqu'au 23 juillet à 15 h 20. Tél. : 09 88 99 56 61.

La Place du chien de Marine Bachelot Nguyen porte un sous-titre intrigant et pour tout dire plutôt alléchant : Sitcom canin et post-colonial ! Va donc pour la question canine soulignée par deux fois, mais la relation avec le post-colonial ? Des chiens et de la politique : on demande forcément à voir et à entendre… Quant à l'histoire en forme de sitcom on n'avait guère eu l'occasion jusqu'à présent, sauf oubli de ma part, à la voir articulée, comme seuls les sitcom savent articuler les choses, autour de la figure d'un noble et très encombrant animal, un labrador. Marine Bachelot Nguyen joue le jeu à fond et sa fable, car fable il y a bien sûr, qui reprend avec finesse et tendresse les codes du sitcom est d'une réelle et très ludique efficacité. Fidélité aux lois du genre ? Un musicien congolais (Lamine Diarra) fait la rencontre à la fin d'un de ses concerts d'une jeune femme (Flora Diguet) caissière dans un supermarché. Entre eux deux se développe un douce et parfois fort agitée romance, racontée en de courtes séquences entre rire et émotion. Jusqu'à ce que le problème surgisse ; la présence d'un chien interprété avec une grâce toute… féline par Yoan Charles. À trois dans le même petit appartement, car Sylvain le musicien est venu s'installer chez Karine, cela devient très compliqué et bien sûr la rivalité entre le musicien et le labrador éclate bientôt au grand jour… Cela pourrait être une bouffonnerie ou une comédie douce amère à la Weingarten, c'est en fait bien autre chose et Marine Bachelot Nguyen d'une plume acérée nous mène sur d'autres chemins, celui justement du politique n'hésitant pas à citer le trop fameux discours de Dakar prononcé par Sarkozy, à plonger son musicien congolais dans une zone de rétention administrative d'un aéroport avant d'être réexpédié dans son pays, alors que Karine reprend sa liberté et démissionne de son poste. C'est vu et narré avec une belle acuité. À l'évidence Marine Bachelot Nguyen a le sens de l'ellipse, sait d'un trait de plume nerveux installer une situation et mettre au jour ses ressorts intimes et politiques, le tout dans un langage théâtral efficace et juste aidé en cela par une belle distribution. La séquence finale avec le discours du labrador qui prend enfin la parole en expliquant avec rage ce que doit justement être la place du chien, la place de chacun, dans notre société en est un échantillon aussi percutant qu'exemplaire.

Jean-Pierre Han

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