Festival d'Avignon off

Exceptionnelle performance

Cap au pire de Samuel Beckett. Mise en scène de Jacques Osinski. Théâtre des Halles, jusqu'au 29 juillet à 22 heures. Tél. : 04 32 76 24 51.

Écrit en 1982, quelques années avant le décès de son auteur survenu en 1989, Cap au pire de Samuel Beckett est une œuvre parfaitement inclassable, ni pièce de théâtre, ni roman, ni nouvelle, ni… rien (?). Un texte, comme Beckett en écrivit sur la fin de sa vie après qu'il eut passé son temps à dynamiter le langage, pour en arriver à sa quasi extinction. Un texte qui s'enfonce allègrement, avec une « mauvaise » joie dans la forêt des mots. Cap au pire donc, toujours plus avant dans le pire justement, de plus en plus mal. Mais il ne faut pas croire, c'est écrit comme une rigoureuse partition avec notamment des temps de silence plus ou moins longs, des blancs plus ou moins grands dans l'édition papier. Que faire dès lors pour le metteur en scène et son interprète qui se lancent dans l'improbable aventure de porter une telle chose sur la scène – quelle idée ! – ? Réponse aussi discrète (elle ne se montre pas, mais est d'une présence forte) qu'audacieuse de la part de Jacques Osinski qui s'y est collé avec d'autant plus d'allant qu'il retrouvait pour l'occasion l'interprète d'un de ses premiers spectacle, La Faim de Knut Hamsun, présenté en 1995, notamment au Théâtre de la Cité internationale alors dirigé par Nicole Gautier. L'interprète c'est le très singulier Denis Lavant, simplement extraordinaire dans sa prestation, une gageure inouïe. Planté là devant nous, immobile une heure et demie durant à faire résonner avec une rare intensité les mots de Beckett. Une performance d'athlète, managé avec doigté par son entraîneur, Jacques Osinski. Beckett aurait sans doute apprécié.

Jean-Pierre Han

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