Festival d'Avignon In

Drôles de paroissiens

Les Parisiens d'Olivier Py. Mise en scène de l'auteur. Festival d'Avignon.

Si d'aventure Anne Hidalgo venait à voir Les Parisiens d'Olivier Py (ce qui est une possibilité, le spectacle devant être repris dans la capitale la saison prochaine) elle aurait toutes les raisons d'être agacée par le titre générique du spectacle. En effet les Parisiens revus et corrigés par Olivier Py regroupe des personnages hauts en couleurs certes, mais pas franchement recommandables, prêts à se faire les uns les autres le pires coups pendables afin d'assouvir leurs ambitions, comme l'un des personnages principaux (un certain Aurélien, rien à voir avec son homonyme aragonien) n'étant qu'un Rastignac aux petits pieds mais à la belle gueule, etc. Une sacrée galerie dans laquelle chacun reconnaîtra les siens, car Olivier Py n'a pas manqué de piocher ses modèles dans la plus stricte réalité dont il a parfois été un des acteurs très actifs. Bref, tout cela n'est pas joli joli, et Py prend un grand plaisir à jeter tout cela sur le plateau. Jeter est bien le terme et on pourrait presque ajouter pêle-mêle, en vrac. La mixture est parfois dure à avaler d'autant que la tendance du maître de cérémonie qu'on lui connaît depuis toujours n'étant pas de faire dans la mesure, on demande très vite grâce. Mais soyons bon public, il y a aussi quelques trop rares moments non pas de grâce (ce serait franchement exagéré !), mais de belle facture, Py n'étant pas dénué d'un vrai talent d'écrivain, et de polémiste, qui demanderait à être canalisé, bien loin quand même d'un Balzac auquel on ne peut pas ne pas songer et encore moins d'un Claudel (dont il a monté jadis dans son intégralité, Le Soulier de satin)… Mais lucide Olivier Py, le croyant (ô les discussions autour de l'existence de Dieu !) a la bonne grâce de pratiquer son autocritique au cœur même de son œuvre, n'hésitant pas à se qualifier de verbeux, et ce n'est pas le seul « éloge » qu'il s'adresse… Pour le reste avec son intrigue plus ou moins bien ficelée, notamment avec son épisode de la nomination d'un directeur de l'Opéra qui n'est que la transposition de ses démêlés avec le Pouvoir au moment de son éviction de la direction du Théâtre de l'Europe-Odéon au profit de Luc Bondy. On navigue allègrement entre coups tordus, scènes de sexe et autres plaisanteries. Olivier Py déroule plutôt paresseusement son histoire dans le beau décor en perspective reproduisant des immeubles haussmanniens (les Beaux quartiers d'Aragon ?) imaginés par le très fidèle Pierre-André Weitz. Le traitement théâtral de l'affaire est vraiment très basique, mais on a plaisir retrouver Mireille Herbstmeyer et Philippe Girard entourés de jeunes comédiens comme Émilien Diard-Detœuf ou Joseph Fourest, deux des protagonistes principaux autour desquels se noue l'intrigue.

Jean-Pierre Han

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